À qui les quartiers ?

Par Ève Sanfaçon
Publié le 21 septembre 2026
La rue Saint-Vallier Ouest en 1960. Photo: Société d’histoire de Québec

Il y a quelques années l’ancien maire Régis Labeaume avait dit de mon quartier Saint-Sauveur, ou Saint Sauve toé pour les intimes, qu’il allait être le prochain Plateau, celui de Montréal, où c’est bien bien « tendance » d’habiter, d’aller rester dans un condo non loin du Mont Royal et d’aller chercher son Americano en allant travailler dans les tours du centre-ville. Oui, mais ça veut dire que mon quartier se gentrifie ? Eh oui ! Vous demanderez au Comité des citoyens et des citoyennes du quartier Saint-Sauveur… Ils ont un comité sur le dossier, c’est tout dire !

Commençons par les débuts, mais qu’est-ce que donc que cela, la gentrification, que certains appellent embourgeoisement ? C’est déplacer une population pauvre, c’est une reconquête de quartier avec violence envers les personnes qui ont forgé ce quartier et qu’on fait sortir petit à petit sans ménagement. Parfois les élus municipaux y participent eux-mêmes. C’est dire aux gens : « On vous envoie en périphérie de la ville pour mieux vous diviser, pour ne pas que vous revendiquiez ! » Citation inspirée du documentaire « Quartiers, sous tension » de Carole Laganière.

J’en parle, parce que le dernier service que je pouvais encore me payer, c’est-à-dire, mon salon de coiffure à bon prix et avec un très bon service à la clientèle a fermé. Je peux pas me payer une coupe de cheveux a 60 $, désolée, pas désolée, je survis d’un mois à l’autre. Mais bon c’est tel que tel, j’irai ailleurs mais ce qui a fait sauter le bouchon, c’est Pierre-Luc Lachance, notre ancien conseiller municipal, oui oui celui là même qui a participé à transformer la rue Saint-Vallier Ouest en sens unique. Il devient fromager et vient installer sa boutique à côté de chez moi ! ?

Encore une fois tiré du documentaire cité un peu plus haut, la gentrification, c’est ne plus pouvoir se payer des services, que ce soit pour l’accès à des soins de santé, à l’éducation, ou encore plus de base, pour se La rue Saint-Vallier dans le quartier Saint-Sauveur en 1960. Source : Société d’histoire de Québec nourrir. Je sais que l’épicerie Touski s’en vient prochainement et j’ai bien hâte !

Ce serait bien d’avoir une vision d’avenir pour nos quartiers, de se dire : il y a des gens qui l’habitent, le façonnent, projettent d’y grandir et d’y vivre, de fon der une famille, de partir une entreprise, une nouvelle coop. etc. Mais pour cela, ça prend une mixité de logement à tous les prix, pas juste de minuscules logements a 1900 $ rien d’inclus par mois ! Ça prend des services à tous les prix, une dynamique qui mélange les cultures et une population diverse, autant des travailleurs autonomes que des travailleurs salariés.

J’aimerais aussi, tant qu’à faire des vœux pieux, qu’on laisse un peu la nature reprendre ses droits, pas tout construire partout et n’importe comment. Ayons une vision à long terme pour les gens qui habitent ces quartiers ! La richesse du quartier Saint-Sauveur, c’est aussi ne pas oublier son histoire et sa population qui pourrait encore nous la décrire.

L’époque où il y a avait une épicerie à presque chaque coin de rue, des tanneurs, des chevaux et un tramway, des services aussi variés qu’une pharmacie à côté d’une boutique de photographie et d’une clinique médicale. Diversifier mon quartier, les quartiers centraux, c’est pas ça que je vois et cela m’attriste… Où sont mes pancartes pour la prochaine mobilisation ?

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