Un conte d’après-Noël

Par Malcolm Reid
Publié le 5 janvier 2023
On avait invité du monde. Un peu de monde pour fêter avec nous. Et notre monde s’est garroché des bilans! Dessin: Malcolm Reid

 

Noël.

C’est un solstice. Astronomiquement, météorologiquement, planétairement.

C’est la période des Fêtes, comme dans le nouveau langage québécois.

Et c’est bel et bien une fête, un grande fête, une fête religieuse. C’est la commémoration de la naissance d’un enseignant nommé Jésus.

Le nom de la fête en anglais souligne ce côté religieux. C’est CHRIST…. MAS. Une messe pour le Christ. (Même si c’est le monde anglophone qui a mené le bal de la désacralisation du Christmas.)

Mais ça arrive presque à la fin de l’année sur le calendrier. Donc, Noël est un temps pour des bilans, pour des pronostics. Un moment pour évaluer l’air du temps.

Dans ce conte, j’évoque ce qui est arrivé à moi, et à ma partenaire de vie, en fait de bilans à Noël 2022. On avait invité du monde. Pas beaucoup de monde quatre personnes – juste un peu de monde pour fêter avec nous, le soir du 25 décembre.

Et notre monde s’est garroché dans les bilans. Mais ce qui est arrivé c’est que notre petite soirée de six personnes s’est scindée en deux partys, l’un était un lunch vers 1 heure de l’après-midi… Et un second, un souper à 5 heures du soir.

Alors, écoutez mon récit, chers amis. (J’ai changé les noms, résumé succinctement les propos, et ainsi mon reportage devient fiction. Cela devient un Conte d’Après-Noël.)

À 13 heures 35, le premier groupe est arrivé. D’abord, la guerre en Ukraine a été le sujet abordé. Les deux dames présentes exprimaient le même outrage. Mais vient la question : « Que faire? ». Elles avaient des réponses différentes. L’une a dit : « Cette guerre en Ukraine! Ça nous arrache le cœur. Je zigouillerais Poutine avec joie si j’en avais la chance. »

L’autre dame a dit : « Non. Je ne veux pas tuer personne. Faut trouver aut’chose. Sert à rien d’être belliqueux. Je ressens cela au fond de moi. »

Un des gars a dit : « On a vu Poutine à la TV avec les femmes et les veuves russes de la guerre. Il est obligé d’essayer de se justifier devant elles. La solidité de ses appuis dans son propre pays montre des fissures. »

Je suis intervenu : « L’élan destructeur est présent en tout humain. L’ego veut avoir raison sur l’autre. Mais l’élan vers la justice, vers l’entente avec d’autres humains… ça existe aussi, en chacun de nous. Dans une ambiance de guerre, de recrutement, de crise, l’élan constructif peut l’emporter seulement si des gens sont fidèles à lui, de façon très coriace, s’ils freinent l’élan meurtrier. Et si les circonstances ou le bon élan peut émerger ont été bâtis.  En Russie aujourd’hui, quelques-uns résistent comme ça. Je les salue! »

Le gars a dit : « Oui. C’est pas facile. Faut dire non. Faut dire stop. »

Une question finale : « Si on tuait Poutine, un autre Poutine surgirait, non? Dis-moi – comment Poutine a-t-il marché vers le pouvoir? Comment la Russie était-elle dans sa période communiste? Comment la Russie a-t-elle vécu sa période post-communiste»

 

Juste comme le premier duo d’invités quittait la maison, on pensait qu’on pourrait respirer un peu… Mais, le premier des deux invités du soir frappe à la porte.

Il était un homme de science, ce premier arrivé du soir. Même à Noël, pas de Jésus pour lui! Il apportait du vin blanc.

Le deuxième invité était un homme de Jésus. Il apportait de la bière blonde.

La discussion s’orientait tout autrement.

L’Ukraine n’a presque pas été mentionné. Poutine l’envahisseur quasiment oublié!

C’était l’Évangile contre le Matérialisme.

L’homme a la bière blonde : « Je pense que nous apprenons les rudiments de la paix dans notre enfance. De nos parents. Quand on nous lit des histoires de Jésus. Ou quand on nous inculque d’autres idéaux nobles, humanistes. N’est-ce pas? »

J’étais un peu sceptique, n’ayant pas été élevé dans le judéo-christianisme. « On l’appelle le Prince de la paix, Jésus de Nazareth. Mais il y a tant de versions…

Il est intégré à des philosophies de guerre, aussi. On cite : « Je ne viens pas pour amener la paix, mais le glaive. » On le prie pour le succès des armées. Et quand il parle du paradis et de l’enfer? La géhenne? Ne dresse-t-il pas un champ de bataille là?

De vertus récompensées et du mal puni? »

Le soleil commençait à se coucher. On était près du solstice d’hiver, non?

 

La conversation se tournait vers trois faits divers canadiens de la semaine précédente. Deux se passaient à Toronto.

Toronto-the-Good, on disait ironiquement dans mon enfance. Toronto n’est plus Protestant-et-puritain comme elle était. Mais elle garde une réputation de métropole calme, sage, modérée.

D’abord la télévision nous avait raconté un locataire dans un condo qui s’est fâché contre des membres du conseil d’administration du condo et les a fusillés dans leurs appartements.

Un jour plus tard, la télévision nous a raconté l’histoire d’un groupe d’une demi-douzaine d’adolescentes ou pré-adolescentes qui se sont rencontrées sur l’Internet. Elles se sont concertées sur un plan de tuerie.

Qui a persuadé qui? On ne sait pas, mais les filles se sont rencontrées en ville par la suite. Elles ont tué un homme (un itinérant?) aux couteaux.

Le troisième fait divers, s’est passé à Montréal. Une petite-fille, réfugiée avec sa famille de la guerre en Ukraine, marchait dans la rue, et une automobile l’a renversée, l’a tuée.

« C’est le pire! a dit l’homme de science. Pour moi, c’est le scandale des scandales. Des milliers de gens sont tués par des autos au Canada chaque année.»

Il a enchaîné: « L’auto domine la société ett l’État approuve, au point de proposer qu’on creuse un tunnel sous le Fleuve Saint-Laurent pour aider l’automobile à agrandir sa domination. Sous le Saint-Laurent, imagine donc! Sous un Fleuve qui nourrit l’humanité depuis des milliers d’années! Les gens collent à leurs autos, à leur essence d’auto, tellement qu’ils détruisent l’équilibre de la planète. Toutes nos campagnes et nos manifestations ne peuvent pas les dissuader. »

Il reprend mon propos sur l’élan constructif et l’élan destructeur. Tous les animaux chassent, dit-il, tous les animaux tuent. Jusqu’au animaux, qui sont les plus proches cousins de nous, les Grands Singes. 

« Les Grands Singes vivent entièrement de végétaux. Ils ont compris que tuer, ça menace leur propre vie. Ils vivent de végétaux et ils sauvent leurs espèces. Sauf que… quand on est rendu dans le plus évolué des Grands Singes – nous, les humains! – l’autorisation de tuer est rétabli. Même l’encouragement à tuer, quand il s’agit d’une guerre. Et quand les réseaux sociaux, établis sans réflexion et sans réglementation, stimulent la curiosité sur le thrill de la tuerie, même des jeunes filles peuvent être séduites. »

L‘homme de Jésus plaide pour une vue plus optimiste de l’humanité.

« N’y a-t-il pas un Esprit dans notre vie, nos luttes, nos causes? Un Esprit qui lie tout ça? Et pas juste une évolution biologique? Nos campagnes, notre soif de justice, ne montrent-elles pas cela? Je pense au Magnificat. »

« Le Magnificat? »

« Le Magnificat est un passage dans Saint Luc qui parle des plans de Marie, la mère de Jésus, pour élever son fils dans la voie de la douceur, de l’amour des gens. »

Moi : « En somme, tu dis que Jésus n’aurait pas pu être le grand gourou et l’enseignant qu’il a été, s’il n’avait pas eu… a Jewish mother

Je taquinais.

Mais l’homme de Jésus savait me dépasser en taquinerie. Avec un sourire, il m’a dit : « Exactement! »

Mais juste à la fin, une pensée me vient :

« L‘élan vers le massacre, on l’a vu dans notre propre ville il y a quelques années. Un jeune homme, très branché sur les sites racistes de l’Internet, a tué des gens dans une mosquée. Au juge il a dit : « Je sentais qu’à chaque fois que je tuais un des leurs, je sauvais un des nôtres. »

En 2022, nous avons fait face au grand potentiel humain de tuerie.

En 2023, trouverons-nous des antidotes? Point d’interrogation. Ce soir-là, il y avait beaucoup de vaisselle à laver.

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