En fonction d’un serment, de Thomas More à Paul St-Pierre Plamondon

Par R. Martel
Publié le 8 novembre 2022
Photo: R. Martel

« En ce qui concerne l’intégralité du serment, je n’ai jamais éloigné quiconque, ni ai conseillé à quiconque de le refuser, et n’ai jamais mis le blâme, ni le ferai jamais, sur quiconque, mais je laisserai chacun avec sa conscience. Et il me semble sincèrement que cela est une raison suffisante pour que chacun me laisse moi-même avec ma propre conscience. »

Cela aurait pu être dit par Paul St-Pierre Plamondon au sujet du serment à propos de la couronne britannique de Charles III; mais il vient plutôt de la lettre de Thomas More écrite le 13 avril 1534 à propos du serment qu’on lui impose pour la reconnaissance de l’autorité du roi Henri VIII.

À l’époque, Henri VIII avait demandé au pape, celui de Rome, de confirmer son divorce avec Catherine d’ Aragon, sous prétexte qu’ elle ne pouvait avoir d’enfant. En fait, Henri VIII, amoureux d’Anne Boleyn avait sollicité l’archevêque de Canterbury pour officialiser son mariage, après le refus de Rome de le faire.

Le roi tournera ainsi le dos à la papauté romaine et on assiste alors à la naissance de la religion anglicane. C’est l’époque des hérésies, avec Luther (1517) et autres attitudes politico-religieuses. L’hégémonie de l’ Église officielle était en pleine déstabilisation.

Il était difficile de résister, à cette époque, à l’autorité du roi, étant donné la connivence du politique avec le religieux. Même si Thomas More était chancelier, poste de haute direction et ami personnel du roi, la condamnation exprimée peu après son refus de prestation de serment, et sa fidélité à l’église de Rome, fut celle de « la prison à vie et la confiscation de ses biens ». Finalement More y perdra la tête, décapité le 6 juillet 1535 à la suite de son refus de serment.

Thomas More avait des fonctions administratives importantes. Ami d’Érasme, il était en contact avec les plus ou moins grands de l’époque. C’est aussi l’auteur de la fameuse « Utopie » saluée même des siècles plus tard en Union soviétique pour son aspect « communiste ». Il a même été canonisé par le Vatican en 1935.

Depuis ces événements historiques et tragiques, c’est la Couronne royale britannique qui s’impose dans la nomination des hauts responsables ecclésiastiques, évêques comme archevêques de l’église Anglicane.

On doit admettre que la comparaison entre Thomas More et Paul St-Pierre Plamondon a ses limites, mais elle est fort intéressante par le refus du serment et aussi par la démonstration de l’hégémonie du religieux (anglicanisme) par rapport à la situation politique; une sorte de positionnement affirmatif du pouvoir politico-religieux infiltrant nos institutions, un dirigisme conservateur pour lequel personne ne semble encore valoriser l’importance.

Si le refus du serment de Thomas More a été fait pour des motifs religieux, celui de Paul St-Pierre Plamondon est pour des questions politiques, de principes, les deux revendiquent leur niveau de conscience et le « respect » de leur âme.

En perdre la tête, ne serait-ce qu’au sens métaphorique, ce serait un retour à l’effondrement de la conscience. Mais ce qui risque d’arriver c’est que Paul St-Pierre Plamondon pourrait bien devenir un héros, assurément il passera à l’histoire. Et si la position de Paul St-Pierre Plamondon témoignait de nos désirs de contrecarrer les normes conservatrices? Prêter serment dans de telles situations aujourd’hui apparaît de plus en plus comme un anachronisme qui a atteint une limite; un témoignage de sa totale inutilité justifierait, à lui-seul, son abandon.

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