Enfin la baignade au bassin Louise!

Par Michel Beaulieu, biologiste, signataire de la déclaration du 24 août 1996
Publié le 17 juin 2022
Bassin Louise, Québec, été 2022
Le bain portuaire installé au bassin Louise. L’ouverture aura lieu vendredi le 1er juillet. Photo: Jimmy Royer

 

 

Le 30 mai dernier, le Port de Québec, la Société des Gens de Baignade (SGB) et l’OBNL Village Nordik ont annoncé qu’un bain portuaire serait mis en place aux quais Renaud, derrière l’Espace 400e, dans le bassin Louise dès cet été. Ce lieu baptisé l’Oasis sera dorénavant animé à l’année.

Le premier à lancer l’idée de baignade dans le bassin Louise fut le géographe Léonce Naud, en 1991. Cinq ans plus tard, 28 participants à une première baignade signent la Déclaration du 24 août, l’acte de naissance de la SGB. Un projet de plage est développé avec l’espoir qu’elle devienne le legs du gouvernement fédéral pour marquer, en 2008, le 400e anniversaire de la Ville, sans succès.

En 2018, la SGB revient à la charge avec un concept de bain portuaire, inspiré de celui de Copenhague, première ville à mettre en place un tel équipement en 2002. Depuis, plusieurs villes scandinaves et, en 2016, Paris, ont fait de même.

Le 28 juin 2021, le Port de Québec et la SGB conviennent de travailler conjointement dès l’automne sur le projet, dont la réalisation s’amorce en janvier 2022.

Pour prendre la mesure du défi que cela représente, mentionnons que l’Oasis sera le premier bain portuaire d’Amérique du Nord, New York, Boston et Vancouver ayant des projets en gestation. À ce jour, les promesses des administrations Coderre (2015) et Plante (2019) d’en aménager un à Montréal sont restées sans effet.

De son côté, le bain portuaire de Québec suscite beaucoup d’approbation, mais révèle également le gouffre qui s’est creusé entre le fleuve et certains citoyens.

Renouer avec le fleuve

Québec, fondée à l’intersection de la Saint-Charles et du Saint-Laurent, a longtemps été une ville d’eau. C’était toujours vrai à la fin des années 1960, le tout à l’égout faisant toutefois son œuvre. En juin 1968, le ministère de la Santé du Québec émet un avis de fermeture de la plage de l’Anse au Foulon – la plus populaire de toutes – pour cause de pollution de l’eau. Les autres, il y en avait 44, suivront, mettant ainsi un terme à la baignade dans le fleuve. La population intègre le message jusqu’à aujourd’hui. Pourtant…

En 1978, le gouvernement du Québec lance le Programme d’assainissement des eaux. Au cours des 30 années suivantes, plus de 800 stations d’épuration seront construites. Si au début des années 1980, 98% de la population québécoise était raccordée à un réseau d’égouts qui rejetait directement, sans traitement, les eaux usées dans les cours d’eau, ce pourcentage est aujourd’hui de moins de 2%. Résultat: la qualité de l’eau du Saint-Laurent s’améliore drastiquement.

Les stations d’épuration ont toutefois été conçues pour traiter des volumes d’eaux usées limités. Par grandes pluies, le volume d’eau à traiter explose. Il y a alors surverse, c’est-à-dire que les eaux usées sont déversées directement dans les cours d’eau. Début 2000, la Ville de Québec s’attaque à ce problème. Des bassins de rétention, immenses réservoirs souterrains, sont construits pour recueillir les surplus et, une fois l’orage passé, les rediriger vers les stations d’épuration.

Études et échantillons

En 2009, la Ville créé un groupe de travail inter-services sur la qualité de l’eau des plages. Son mandat est de trouver les causes de contamination et de les éliminer. Ainsi, en 2014, des prélèvements sont effectués à 60 exutoires pluviaux ou trop-pleins se déversant dans le fleuve ; ils démontrent que le nombre d’exutoires contaminés par temps sec est passé de 58% (2011) à 8%. Un cas majeur a été découvert: du fait d’un bris dans une conduite principale, la moitié des bâtiments de l’Université Laval déversaient directement dans la Saint-Charles, l’équivalent des eaux usées de 10 000 personnes.

Les travaux de ce groupe se poursuivent depuis. Grâce à eux, des milliers d’échantillons sont prélevés annuellement aux diverses plages de Québec, à l’embouchure de toutes les rivières et à divers points le long des rives du Saint-Laurent, de même qu’à la sortie des exutoires pluviaux du fleuve. Cependant, les résultats de ces analyses ne sont pas rendus publics. On ne peut obtenir les rapports annuels de l’opération qu’en faisant une demande officielle d’accès à l’information à l’administration municipale.

Un contraste avec Montréal, qui opère le programme Qualo, consistant à effectuer, une fois par semaine, une analyse bactériologique de l’eau sur la rive ceinturant l’île. Tous les résultats sont immédiatement mis en ligne et rendus publics via une carte interactive. Un clic permet à quiconque d’obtenir le plus récent résultat d’analyse et la température de l’eau. De plus, les résultats sont publiés chaque semaine dans les hebdos régionaux durant la période estivale. Le bilan annuel peut également être consulté en ligne.

Le grand secret

À ce jour, Québec, en dépit de sa politique de données ouvertes, a opté pour le secret, quitte à passer sous silence des interventions remarquables et des résultats indiquant une nette amélioration de la qualité des eaux. Pourquoi ? Refroidir d’éventuels usagers et ménager sa responsabilité? Si personne ne met le pied à l’eau, rien ne peut se passer, non? C’est d’ailleurs dans cet esprit que la Commission de la capitale nationale a réalisé à ce jour les différentes phases d’aménagement de la promenade Samuel-de-Champlain, érigeant un véritable mur de roches entre les promeneurs et le fleuve.

Si le Vieux-Port de Montréal doit s’inspirer du Port de Québec en matière de bain portuaire, la Ville de Québec doit, elle, s’inspirer de Montréal en matière de diffusion de ses données sur la qualité de l’eau. Ce qui est aussi vrai pour Lévis, qui ne semble avoir aucun programme de suivi de la qualité de l’eau ni de volonté d’emboîter le pas à la Rive-Nord concernant la baignade. Heureusement, la construction du troisième lien devrait éventuellement permettre aux Lévisiens de traverser rapidement le fleuve en voiture pour venir se baigner sur la Rive-Nord…

Retour à l’eau à la Baie de Beauport

Le retour s’est amorcé à la Baie de Beauport grâce aux véliplanchistes vers 1980. Entre 2002 – 2005, Accès Saint-Laurent Beauport pilote, avec la Ville et le ministère de l’Environnement, une campagne d’échantillonnage majeure (284 mesures). Un modèle prédictif est développé permettant la baignade 67% du temps, mais la Direction régionale de la santé publique recommande le maintien de l’interdiction totale, en dépit du fait que les planchistes batifolent sans problème dans l’eau à portée de bras.

En 2015, suite à une campagne de sensibilisation par la Zone d’intervention prioritaire de Québec et Chaudière-Appalaches sur l’amélioration de la qualité de l’eau du fleuve, le gestionnaire de la Baie de Beauport propose à la Ville d’y permettre la baignade. La Ville donne un contrat au Centr’eau de l’Université Laval qui développe un modèle prédictif. Depuis 2016, la baignade y est permise 70% du temps en moyenne. Le verrou a sauté!

Et le bassin Louise?

Certains n’ont jamais mis le petit doigt dans le Saint-Laurent, si ce n’est en Gaspésie. De là deux questions étonnantes concernant le bassin Louise.

«L’eau est-elle salée?»

Non, l’eau est douce. L’eau du Saint-Laurent ne commence à être saline qu’à l’extrémité est de l’Île d’Orléans.

«L’eau doit être froide?»

Non. L’eau vient du sud. À Québec, en juillet-août, elle peut atteindre 25°C.

Finalement: «L’eau doit être polluée?»

Non. Entre 1998 et 2009, le Port de Québec, le ministère de l’Environnement et la Ville se sont livrés à 8 campagnes d’échantillonnage pour déterminer la qualité de l’eau du bassin. Résultat: l’eau s’est avérée de très bonne qualité, année après année. Depuis le début mai, en prévision de l’ouverture du bain portuaire, la Ville échantillonne. Pour le mois de mai, la qualité est demeurée excellente. Certains jours, l’eau était presque potable! Comment expliquer cela ? Sauf l’écluse qui permet à l’eau du Saint-Laurent d’y entrer – selon une étude, l’eau du bassin se renouvelle en un peu plus de deux jours du fait de cet échange -, le bassin Louise est isolé du milieu ambiant. Il n’est pas en contact avec la Saint-Charles. Aucun égout ne s’y jette. Pas de surverse non plus. Résultat: une eau propre, translucide, constatation que tous les baigneurs affiliés à la Société des gens de baignade ont été en mesure de constater, in vivo. Bonne baignade!

 

QU’EST-CE QU’UN BAIN PORTUAIRE?

Un bain portuaire est un aménagement plus ou moins complexe, majoritairement constitué de rames et des pontons, permettant d’accéder, à partir d’un quai et à des fins de baignade, à l’eau d’une zone portuaire situé en milieu urbanisé. L’équivalent existe déjà la marina, permettant aux propriétaires d’embarcations d’y accéder.

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