L’habitude des ruines: plaidoyer pour le patrimoine québécois

Par Andréanne Ouellet
Publié le 11 avril 2022
L'habitude des ruines
L’habitude des ruines, essai de Marie-Hélène Voyer, Lux, 2021

Marie-Hélène Voyer, l’auteure de L’habitude des ruines : le sacre de l’oubli et de la laideur au Québec, est récipiendaire du Prix Geneviève-Amyot. Elle enseigne en littérature au Cégep de Rimouski1 . Dans cet essai, la poète originaire du Bic aborde les enjeux auxquels fait face le patrimoine bâti et artistique du Québec. Soulignant que la négligence des autorités a été dénoncée depuis des années par des journalistes défenseurs du patrimoine, madame Voyer expose le rapport trouble qu’entretient le Québec avec le temps et l’espace, une relation perceptible dans nos pratiques patrimoniales conduisant à l’enlaidissement de nos paysages urbains et ruraux. L’indifférence collective devant les démolitions touchant l’ensemble des œuvres d’art, des bâtiments et des paysages québécois, démontre notre profonde incompréhension de sa richesse. Les paysages québécois sont mutilés sous les yeux indifférents de la population et pire, du gouvernement. Selon l’auteure, la conscience historique devrait influencer notre manière d’habiter le territoire. Cependant la réalité diffère.

Les lois du marché font préséance dans les villes et les banlieues où d’opulents projets résidentiels chargés d’emprunts culturels et d’anachronismes architecturaux remplacent les constructions de nos ancêtres. Nos bâtiments historiques sont livrés à la toute-puissance des promoteurs immobiliers qui bénéficient du laxisme et de l’absence de philosophie gouvernementale à l’égard du patrimoine. Dans un esprit de rentabilisation, les géants immobiliers construisent des édifices neufs à l’architecture hasardeuse, parfois peints d’une touche patrimoniale superficielle.

Leur stratégie de vente consiste à offrir un mode de vie utopique à l’intérieur d’un seul bâtiment. Nous ne pouvons ignorer le paradoxe de ces résidences qui valorisent la vie communautaire en garantissant un minimum de contact. Ces constructions destinées aux classes sociales nanties provoquent la privatisation des villes tout en servant de dispositif d’exclusion.

De plus, Madame Voyer souligne que la société québécoise fait preuve de nostalgie sélective. D’une part la population s’émeut devant l’incendie de Notre-Dame de Paris, s’insurge de la disparition des fast foods, et reste indifférente face au sort réservé à notre patrimoine bâti. L’argument économique prévaut même lors de la mise en valeur de quartiers «historiques ». Les villes sont restaurées sans base scientifique pour vendre un faux passé folklorisé qui toutefois plaît aux touristes. Enfin, l’auteur démontre que cette fétichisation du passé est notable dans nos maisons saturées de pacotilles culturelles nous permettant «de colmater les trous de notre mémoire vide et de notre passé envolé». Nonobstant, cet essai se veut une forme de plaidoyer qui souligne la richesse et la subtilité du patrimoine québécois. L’auteure présente d’un ton poétique plusieurs lieux physiques et mémoriels du Québec afin d’accomplir son devoir patrimonial. Cet essai assure la transmission de la culture et de l’histoire québécoise, ou de ce qu’il en reste, aux prochaines générations. Dans le contexte actuel où l’avenir est incertain, ne devrait-on pas d’autant plus protéger ces lieux témoins de notre histoire et identité?

 

 

 

Commentaires

  1. Avec L’habitude des ruines Voyer signe un texte magnifique sur le rapport trouble du Québec. Elle y parle de nos démolitions en sГérie, de notre manière d’habiter ce territoire en nous servant trop souvent des images empruntées. Elle pose ainsi une question fondamentale: peut-on bâtir ce pays sans le détruire et sans verser dans l’insignifiance? Son essai offre un plaidoyer pour ces lieux modestes qui forment l’ordinaire de nos vies et qui dessinent les refuges de nos espoirs et de nos solidaritГ©s.

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