Hilton sur la ville comme il tonne dans mon cœur

Par Robert Lapointe, retraité du Hilton
Publié le 10 avril 2022
Les grévistes devant le Hilton, le 4 avril 2022. Photo: DDP

Encore un conflit de travail au Hilton! Cet édifice est un monument de la lutte des classes à Québec, mais pas seulement. Il l’est aussi des luttes urbaines. Je fais référence aux rénovations sauvages des années 70 dans les quartiers centraux et sur la Colline parlementaire, causant les souffrances d’une partie de la population expulsée de leurs milieux de vie.

Je me rappelle du maire Lamontagne faisant preuve de cynisme à l’égard de notre regretté Marc Boutin, un des membres fondateurs de notre journal. Marc dénonçait cette situation et notait que la création d’emplois promise ne concernerait surtout que des emplois à bas salaires et à mauvaises conditions de travail. Le maire avait argué que les employé-e-s n’avaient qu’à s’organiser. Eh bien! Ils et elles l’ont fait. Cela a pris six ans. Et les acquis réalisés depuis 40 ans sont menacés par ce nouveau conflit à la faveur de la pandémie.

Dès l’ouverture, nous avions un syndicat de boutique antidémocratique. Et cela a pris six ans pour s’en débarrasser. À mon arrivée à l’hôtel, je gagnais 10 cents de plus que le salaire minimum. Le patronat a plus d’un tour dans son sac. Avant même l’ouverture du Hilton à Québec, le chef cuisinier du futur établissement envoyait en taxi, à deux rues du Reine Elizabeth, à Montréal, les employé-e-s qui y étaient en stage pour signer leurs cartes d’accréditation à la division syndicale de l’époque.

La lutte a été longue et féroce pour se débarrasser de notre syndicat fantôme, dont l’un des présidents a été incarcéré au Pérou pour trafic de drogues. Des représentations ont été faites auprès de la FTQ pour une réforme (issu du regroupement de différents syndicats). Et nous avons dû nous tourner vers la CSN. Cela a pris six ans, à travers toute une série de péripéties et de rebondissements qui sont racontés dans Six ans de lutte…ça ne s’oublie pas, chroniques colligées par le père Jean-Paul Asselin, magasinier au Hilton.

La contribution des prêtes ouvriers

Des prêtres ouvriers et, semble-t-il, une religieuse, se sont impliqués dans la lutte pour accréditer un vrai syndicat à l’hôtel. Benoît Fortin, qui fut par la suite provincial des Capucins au Québec, était l’un d’eux. Il a même été poursuivi à Place Québec par des agents douteux du syndicat fantôme. Deux de ces agents m’ont questionné alors que je venais d’être engagé. Ces deux prêtres ont aussi fondé le CAPMO (Carrefour d’Animation de Participation pour un Monde Ouvert).

Un vrai syndicat affilié à la CSN a été accrédité en 1980. Cette victoire a permis une syndicalisation massive dans le domaine de l’hôtellerie et de la restauration au Québec. Notre succès est dû non seulement à ces prêtres ouvriers, mais aussi à l’implication de ceux que l’on a appelé les enfants de Duplessis, dont le gouvernement à l’époque assumait la moitié du salaire, l’implication des femmes de chambre autant québécoises qu’étrangères, chiliennes en particulier (le centre Encuentro dans St-Jean-Baptiste, dans lequel était impliqué Benoît Fortin, accueillait des réfugiés chiliens après le coup d’État de Pinochet au Chili), et d’une majorité de Québécois et Québécoises dont plusieurs provenaient des quartiers centraux entourant l’hôtel.

Les luttes continuent. Si la grève actuelle n’est pas encore terminée, nous vous encourageons à aller saluer les grévistes sur le boulevard René-Lévesque, tout près du Parlement!

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