Passeport vaccinal, un idée qui fait fausse route

Jonathan Durand Folco
Publié le 18 février 2022
Photo: DDP

Le passeport vaccinal représente une fausse bonne idée depuis le début de son implantation à l’automne 2021. Dans le contexte d’une population doublement vaccinée à plus de 90% et d’un allègement de mesures sanitaires, il s’agit d’abord d’une « politique spectacle » visant à satisfaire certaines frustrations de la population à l’endroit des personnes non-vaccinées, sans s’attaquer aux problèmes de fond au niveau du système de santé, des problèmes de ventilation, etc. Le passeport n’est pas une mesure sanitaire, mais un dispositif de contrôle social. Il fait reposer une logique de surveillance entre individus, avec des employé.e.s qui se transforment en gardes de sécurité à l’entrée des commerces, alors que l’État ne prend pas ses propres responsabilités.

Notons d’ailleurs que plusieurs pays (Danemark, Irlande, Royaume-Uni, Australie) et provinces canadiennes (Alberta, Saskatchewan, Colombie-Britannique, Ontario) ont déjà annoncé ou mis en œuvre l’abandon de cette mesure. Si le ministre de la santé Christian Dubé a annoncé la suspension du passeport vaccinal dans les semaines à venir, le gouvernement Legault laisse toujours planer la possibilité d’une reprise de cette mesure en cas de nouvelles vagues. Comme cet outil est en voie d’être banalisé en tant qu’un simple instrument de gestion de crise, il est important de mettre en lumière ses nombreuses conséquences négatives, et d’exiger son abandon complet et définitif.

Selon un récent article examinant les impacts de mesures coercitives comme le passeport vaccinal et l’obligation vaccinale, on peut distinguer une série de problèmes sur les plans psychologique, juridique, politique, social, économique et sanitaire. Au niveau psychologique, ce dispositif crée des positions de retranchement et de dissonance cognitive chez les opposants aux vaccins, cela contribuant au renforcement de la méfiance et la validation de théories complotistes. Cet isolement se combine à une dynamique de stigmatisation, où le gouvernement, les médias et plusieurs personnes vaccinées contribuent à faire des individus non vaccinés des boucs-émissaires.

Sur les plans juridique et politique, les mesures de passeport vaccinal et d’obligation vaccinale, s’étendant parfois à des services essentiels, amènent de dangereux précédents en termes d’érosion des libertés civiles. Ces mesures contraignantes alimentent la polarisation entre personnes vaccinées et non-vaccinées dans l’espace public, ce qui contribue à l’érosion de l’adhésion à d’autres mesures sanitaires qui peuvent s’avérer utiles par ailleurs, le port du masque par exemple. Aux niveaux social et économique, le passeport vaccinal n’affecte pas tous les individus de la même manière, en recoupant et amplifiant plusieurs inégalités en termes de revenu, ethnicité, âge, éducation, etc. Cela contribue à augmenter le sentiment de précarité et d’oppression, surtout lorsque les personnes non vaccinées se voient exclues de plusieurs sphères de la vie sociale et perdent même parfois leur travail en raison de leur statut vaccinal. Enfin, le niveau de contrainte exercé par le passeport vaccinal et d’autres mesures forçant les personnes récalcitrantes à se faire vacciner contribue à l’érosion de la confiance envers les institutions publiques dont l’État, la science, la santé publique, etc. Cela est d’autant plus grave, qu’on prétend que le passeport vaccinal est justifié par des recommandations de la santé publique, alors qu’aucune étude sérieuse n’est venue appuyer ces affirmations sur le plan épidémiologique. La vraie raison qui justifie ce dispositif est avant tout politique, et comme l’a révélé de façon percutante le président français Emmanuel Macron, la motivation principale derrière ce genre de mesures est avant tout «d’emmerder les non vaccinés ».

Cette confusion entre science et politique n’aide pas à résorber la crise de confiance qui sévit depuis le début de la pandémie, et qui s’intensifie avec l’ajout de nouvelles mesures répressives. C’est pourquoi il est absolument essentiel de prendre au sérieux les effets pervers et involontaires du passeport vaccinal, au lieu de miser sur une justification sanitaire (non avérée) qui néglige les impacts sociaux et politiques à moyen et long terme. Nous endossons donc les conclusions des auteurs de l’étude sur les effets indésirables de mesures contraignantes comme le passeport et l’obligation vaccinale qui risquent d’endommager le vivre ensemble pour des gains minimes à court terme. «

Bien que les vaccins de COVID-19 aient eu un impact important sur la diminution des taux de morbidité et de mortalité dans le monde, nous soutenons que les politiques actuelles de vaccination obligatoire à l’échelle de la population sont scientifiquement discutables, éthiquement problématiques et malavisées. De telles politiques peuvent avoir des effets néfastes à long terme sur l’adoption de futures mesures de santé publique, y compris les vaccins COVID-19 eux-mêmes ainsi que les vaccinations de routine. Restreindre l’accès des personnes au travail, à l’éducation, aux transports publics et à la vie sociale en fonction de leur statut vaccinal à l’égard de la COVID-19 constitue une atteinte aux droits humains, favorise la stigmatisation et la polarisation sociale, et nuit à la santé et au bien-être. »

Pour finir, la normalisation du passeport vaccinal dans l’espace public amène des questions éthiques fondamentales du genre : dans quel type de société voulons-nous vivre? Voulons-nous exclure des personnes de certaines sphères d’activité en raison de leurs comportements individuels et choix en matière de vaccination? Voulons-nous d’une société dans laquelle des dispositifs de surveillance, de ségrégation spatiale et de points de contrôle devant les restaurants, bars, musées et moyens de transport nous oblige à avoir en permanence notre téléphone intelligent et cartes d’identité avec nous? Voulons-nous d’un monde où chacun se méfie d’autrui en fonction de son statut biomédical, et ce même après les vagues de pandémie? Bref, au-delà des raisons liées à la justice sociale et à la santé démocratique, c’est bien la question de la « vie bonne » qui est en jeu ici. Est-ce que le passeport vaccinal représente un moyen utile pour retrouver une « vie normale », ou est-ce plutôt une anormalité qu’il faudrait abandonner en l’absence de données probantes sur le plan sanitaire et de ses impacts nocifs sur le plan psychologique et social?

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