Gros-plan sur les colonnes de Sherpa

Par Gilles Bérubé
Publié le 14 décembre 2021
Détails de la colonne de l’art de l’accompagnement. Photo: Gilles Bérubé

« Réinventons les colonnes de Sherpa », tel était le thème à l’origine pour attirer les artistes dans une opportunité exceptionnelle de créer tout un univers sur les sept colonnes qui supportent l’édifice singulier du quartier avec toutes couleurs dehors.

L’équipe Sherpa et l’artiste invité et initiateur du projet, Daniel Lasalle, ont proposé aux participants de s’inspirer du thème des muses de l’antiquité dans une version actualisée. Son rôle est celui d’un guide qui soutient et participe avec les artistes à la réalisation des colonnes.

J’ai la chance en tant que photographe d’habiter dans l’édifice depuis le début de l’aventure de Sherpa. J’ai assisté et participé à des collectifs et j’y ai présenté une expo-solo, « Femmes, vous » ; j’y ai aussi rencontré des artistes exceptionnels et méconnus dont Jean Lapointe. C’est lui qui a conçu la colonne de l’art onirique. Je l’ai donc interviewé pour en savoir plus.

« J’ai toute suite été enthousiasmé par le projet et j’ai présenté ma proposition, explique-t-il. Mais malheureusement, c’était le début de la pandémie… La période de production s’est étendu sur plusieurs mois. Le sujet de ma colonne est une murale circulaire et quand tu regarde les images il faut que ton imagination travaille. L’imaginaire du regardeur doit ainsi être stimulé. Il est important d’avoir des sources libératrices pour le regardeur et je suis totalement satisfait du résultat. J’aurais pu aller plus loin… »

J’ai aussi rencontré, Fanny H-Levy, la conceptrice de l’une des sept colonnes : « Lorsque l’appel de dossiers adressé aux artistes a été rendu public, j’ai été tout de suite été interpellée par le projet, confit-elle. Son caractère participatif, inclusif et citoyen. Ça correspondait directement à ma recherche d’atelier et l’art infiltrant la communauté. En effet, j’envisage la création comme un processus de vie, une recherche de sens, de lien au monde, un moyen d’être en action en tant qu’individu et collectivement. Ce fût un défi; trouver pour un groupe de créateurs un espace de confort où chacun puisse avoir sa place et faire entendre sa voix. C’est toujours magique quand on y arrive! J’ai créé une colonne qui représente la muse de l’architecture. »

Elle poursuit : « Bien que je sois une artiste en arts visuels, j’ai depuis longtemps un intérêt particulier pour les espaces aménagés; comment l’humain, selon sa culture, son temps, ses ressources façonne son espace de vie. Comment à Sherpa ce même espace de vie, bâtit par et pour l’humain, fait cohabiter une mixité de personnes. Après ce processus de recherche et questionnement, seule et en atelier avec les participants, je suis revenu à la colonne comme pilier même de l’architecture. J’ai ainsi dessiné une colonne de style gréco-romaine faisant référence au passé et créé un mélange avec les éléments naturels (le toit vert) qui sont essentiels à notre survie et à notre santé physique comme mentale. »

Après moult tentatives, j’ai pu contacter le maître d’œuvre de l’entreprise, l’artiste-chef de chantier, Daniel Lasalle ; voici ses propos: « Les sept colonnes de l’édifice Sherpa avaient atteint leur temps d’usure. On se rappelle qu’auparavant c’était des photographies de personnes plus grand que nature qui semblait soutenir le bâtiment. Sherpa cherchait un nouveau projet et a inviter les artistes à y participer. J’ai cogité pendant une dizaine d’heures; sept colonnes, sept muses, sept domaines artistiques. Sherpa a misé sur le fait qu’en superposant des artistes dits en émergence, des artistes qui ne sont pas reconnus publiquement mais foisonnants de projets, on créerait un espèce de tourbillon, une tornade pour arracher l’individu qui était sur la voie de l’accotement de la santé mentale à retrouver une vie normale.»

Il renchérit: «Par la présence des muses on a personnalisé des espèces de déesses, inspiratrices dans chacun des domaines pour venir donner ce jus nécessaire, ce whisky qui va rendre notre univers plus beau. Chacune des muses allaient être le fruit d’une projection dans le temps et aussi une assise sur le passé pour donner un nouveau visage. En pleine période de pandémie, j’ai eu la chance d’accéder à des artistes qui normalement ne sont pas disponibles. Ce fût une belle planche de surf pour Sherpa et je suis très fier du résultat. »

Finalement j’ai rejoint in extremis Benoît Côté, le grand manitou et concepteur de Sherpa: «Les colonnes de l’édifice représentent pour moi, symboliquement, les assises de nos pratiques à Pech/Sherpa, un petit côté colonnes du temple, une sagesse antique où grecque! Je n’ai pas participé au projet artistique des colonnes mais pour avoir imaginé le projet global de l’immeuble et des activités de médiation culturelle qu’il abrite, je voulais que l’on conçoive un édifice qui se démarque architecturalement parlant, qui ose faire une différence, en résonance avec la mission globale de Pech. L’architecture, tout comme l’art, peut se montrer audacieuse et traduire une volonté collective d’occuper l’espace de manière ludique ou en facilitant la rencontre avec l’autre. En quelque sorte, je vois l’espace de Pech comme un agora social offert au quartier. On ose faire une différence avec un lieu social qui permet la rencontre, la solidarité et une ouverture sur le monde dans une palette de couleurs.

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