Port de Québec: un changement de cap s’impose

Par Nathalie Roy
Publié le 6 avril 2021
La Baie de Beauport, Québec
La plage publique de la Baie de Beauport à Québec. Photo: Nathalie Roy

En pleine crise climatique, le maire de Québec s’est fait le promoteur de Laurentia, un projet d’agrandissement du Port de Québec. La population de la ville désapprouve largement ce choix politique.

Un terminal en eau profonde serait construit pour que les navires géants transportant des conteneurs puissent livrer à Québec des marchandises à réexpédier vers d’autres destinations. L’Administration portuaire de Québec (APQ) souhaite construire un tel terminal ainsi qu’un quai d’entreposage pour les conteneurs. Elle a auparavant envisagé d’autres usages pour le terminal : permette à des pétroliers ou encore à des cargos de marchandises en vrac d’accoster à Québec (Beauport2020). Le principal partenaire de l’APQ dans Laurentia est Hutchison Ports, un conglomérat hongkongais reconnu comme étant le plus gros développeur portuaire au monde et qui manifeste une volonté d’expansion en Amérique du Nord.

Dans le secteur Beauport du Port de Québec, la ligne de quai actuelle serait donc prolongée de 610 mètres et le littoral remblayé sur 14 hectares. Le Port de Québec serait agrandi de 31,7 hectares, au Nord-Est de la Baie de Beauport. Cet agrandissement détruirait le Parc de la Baie de Beauport, pourtant très apprécié du public.

Un rapport défavorable

L’Agence d’évaluation d’impact du Canada (AEIC) a étudié le projet d’agrandissement du port et a mené une consultation publique à ce sujet. En novembre 2020, elle a déposé son rapport provisoire sur Laurentia, concluant « que le projet aurait des effets importants sur le poisson et son habitat, la qualité de l’air et la santé humaine (AEIC, 23 décembre 2020) ». Bref, que le projet avait trop d’impacts négatifs pour être autorisé en l’état.

Créer un parc techno-industriel

Est-ce la crainte de voir le projet passéiste de l’APQ rejeté par le gouvernement fédéral ou le désir de saisir une opportunité de gros sous lancée par le premier ministre du Québec, toujours est-il que, quelques mois avant le dépôt du rapport de l’AEIC, la Ville de Québec a publié (août 2020) un dossier de candidature pour le développement d’une zone d’innovation dans le secteur du Littoral Est. La Zone d’innovation Littoral Est (ZILE) serait, comme par hasard, centrée sur le projet Laurentia.

Le projet de Zone d’innovation Littoral Est a été préparé par la Ville, sans consultation des citoyens mais de concert avec quelques gros partenaires dont l’Université Laval et le Port de Québec. Quelle vision la Ville et ses partenaires ont-ils élaborée, pour ce parc industriel 2.0 ? Dans quels intérêts seraient déployés les équipements ? Comment les réalités sociales et écologiques du secteur seraient-elles prises en compte ? Beaucoup de questions se posent. Pour l’instant, on sait que le maire a confié à 2degrés, une entreprise spécialisée en « sensibilisation aux changements climatiques et à la protection de l’environnement », la tâche de sélectionner les entreprises qui composeront la ZILE.

La résistance citoyenne

Concernant l’aménagement du Littoral Est dans les quartiers de Maizerets, du Vieux-Limoilou et de Beauport, la population a fait part de sa vision. En 2014, le Conseil de quartier de Maizerets avait adopté une politique d’éco-quartier, pour demander aux autorités que les transformations du quartier se fassent « dans un souci de durabilité » et dans le respect des principes qui importent à la population. Ces principes sont : la bonne gestion environnementale, la diminution des nuisances, le bien-être, la santé et la sécurité des citoyen.ne.s, et la stimulation de l’économie locale.

Puis, le Conseil de quartier de Maizerets a adopté la Déclaration citoyenne sur la protection de la santé, de la sécurité, de l’intégrité et de la qualité de vie des personnes face à leur environnement (2015). On y réaffirme le droit des citoyen.ne.s à la protection de leur qualité de vie, face à une concentration particulière de contraintes environnementales dans le quartier Maizerets.

Enfin, en septembre 2020, le Conseil de quartier de Maizerets a déposé le Plaidoyer pour un littoral Est écologique, social et économique, un document énonçant les volontés citoyennes pour le secteur. Dans ce document, le conseil d’administration du Conseil de quartier demande formellement « que les discussions concernant le projet de la Zone d’innovation du Littoral Est reposent sur l’ensemble des principes élaborés dans le document de travail suivant ». Cela signifie qu’il est nécessaire de prendre en compte les besoins de la population du secteur, plutôt que les seuls vœux des promoteurs. Depuis, le Conseil de quartier de Maizerets a créé la Table citoyenne Littoral Est afin de rassembler des groupes et organismes locaux autour de la vision présentée dans le plaidoyer citoyen. Cinq thèmes sont abordés : l’écologie, la gouvernance (citoyenne), la mixité des usages (pour une économie locale et territoriale), l’habitation (sociale et abordable) et la mobilité (active et collective).

Si les citoyen.ne.s rejettent le projet de Zone d’innovation Littoral Est, c’est qu’il s’adresse principalement à des investisseurs privés et étrangers, faisant fi des demandes exprimées démocratiquement par la population, et qu’il ne respecte pas les principes poursuivis dans le plaidoyer citoyen. Ils et elles insistent pour que la Ville repense de façon innovante l’accès au fleuve et à l’est du centre-ville, afin d’en faire un milieu de vie pour tous, respectueux des écosystèmes. Simon Parent, co-fondateur de la table citoyenne, résume: « Du côté politique, on veut détruire la vie au nom de l’économie et renforcer les échanges mondialisés. Du côté citoyen, on propose une perspective dédiée à la régénération des berges du Saint-Laurent, la culture des sols, l’économie locale, le renforcement de la biodiversité, le partage et l’inclusion sociale»*.

Et ensuite ?

Aujourd’hui, la Table citoyenne Littoral Est regroupe des citoyen.ne.s représentés par leurs conseils de quartiers**, ainsi que des organismes locaux et des associations universitaires qui s’opposent au Port de Québec et à ses partenaires. Face au projet désastreux d’agrandissement du Port de Québec, tous et toutes prônent la réappropriation citoyenne du secteur du Littoral Est.

 

* Extrait du discours de Simon Parent, prononcé devant l’Hôtel de ville, lors de la Manifestation mondiale
pour la justice climatique, Québec, le 19 mars 2021.

** Plusieurs conseils de quartier ont rejoint le groupe : Maizerets, Vieux-Limoilou, Lairet, Saint-Roch, Saint-Sauveur, Vanier, Cap-Rouge et Saint-Sacrement.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Publicité