100 000 ainés isolés et impuissants

Par Alexandre Dumont
Publié le 11 février 2021
Illustration: Stephany Gagnon

Au moment où le premier ministre Legault annonce un assouplissement prochain des mesures sanitaires pour les commerces, entre autres, la grande majorité des aînés qui vivent en résidence privée pour aînés (RPA) demeurent confinés dans leurs chambres. C’est que le décret qui instaurait un couvre-feu à l’ensemble de la province prévoyait aussi d’autres mesures, dont la fermeture des salles à manger de toutes les RPA.

S’il avait le désir sincère de protéger les personnes à risque, le gouvernement considérerait que l’application de mesures unilatérales comme le couvre-feu et la fermeture des salles à manger dans les RPA a des conséquences funestes pour les plus vulnérables de notre société.

Même si le décret prévoit que « seules les activités visant à prévenir la diminution de la santé physique et psychologique sont autorisées [dans les RPA] », il ne tient pas compte d’une réalité bien simple : très souvent, la seule activité visant à prévenir la diminution de la santé physique et psychologique des aînés, la seule leur permettant encore de bouger et de socialiser un minimum, ce sont précisément les repas en salle à manger, ce qu’il interdit. Il faut savoir qu’il existe quatre catégories de RPA, qui correspondent à quatre niveaux d’autonomie. Or la mesure s’applique à toutes, sans distinction. Résultat : une majorité d’aînés se retrouvent confinés dans leurs chambres, on ne sait pour combien de temps, puisque la mesure risque d’être prolongée. Ces espaces, souvent exigus, parfois dans des sous-sols, parfois mal éclairés, ne sont pas conçus pour y vivre en permanence.

L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) lui-même, sur son site Web, souligne que l’isolement des aînés en période de pandémie entraîne notamment « un accroissement du risque de mortalité de 50 % chez les personnes ayant peu d’interactions sociales ou des interactions de mauvaise qualité; […] des impacts sur la santé cardiovasculaire, l’autonomie fonctionnelle, la santé cognitive, la santé mentale (dont le stress, l’anxiété, la dépression), le bien-être et la qualité de vie.

Si elle était justifiée par des preuves scientifiques, si elle était appuyée par des faits, il serait plus facile d’accepter cette mesure. Cependant, s’il semble bien y avoir un consensus, c’est qu’elle est absolument nuisible aux aînés. Aucune éclosion de COVID-19 n’a d’ailleurs été attribuée jusqu’à présent à la prise de repas en salle à manger. En livrant les plateaux aux résidents, les préposés qui se déplaceront d’une chambre à l’autre risqueront de transmettre le virus aux résidents s’ils l’ont contracté à l’extérieur de l’établissement. Les proche-aidants qui continuent de visiter les aînés pourraient aussi faire entrer le virus.

Il est pertinent d’isoler pendant quelques jours un résident qui se prévaudrait de son droit de visiter une personne seule à l’extérieur de la résidence, mais il est difficile de justifier un isolement systématique de tous les aînés en RPA.

Le milieu de vie des résidents ne se résume pas à leur unité locative ou à leur chambre, surtout dans les résidences de niveaux 3 et 4, où les personnes sont moins autonomes. Il est urgent de remédier à cette situation en permettant aux aînés de se déplacer librement dans les résidences et de manger leurs repas dans les salles à manger, en autant qu’ils respectent la distanciation physique de deux mètres et les autres mesures qui s’appliquaient avant le décret. D’autres initiatives, comme la répartition des heures de repas, l’installation de panneaux de plastique transparent pour limiter la propagation des gouttelettes aux tables et le dépistage systématique des employés apparaissent comme autant de mesures qui n’ont pas été envisagées et qui assureraient le respect de la qualité de vie de nos aînés.

Pour signer la pétition : www.change.org/repasenrpa

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Publicité