Tous pour un, et chacun pour soi

Francine Bordeleau
Publié le 29 avril 2020
Action pour l’augmentation du  salaire minimum à 15$ de l’heure devant l’Assemblée nationale en novembre 2016. Photo Nathalie Côté

Réal Caouette, mort prématurément en 1976 à l’âge de 59 ans après avoir tenu les rênes du Parti Crédit social du Canada pendant deux décennies, fut l’un de nos politiciens les plus colorés et les plus populistes, et l’un des plus ardents contempteurs de la «grosse finance».

Le Crédit social préconisait une réforme monétaire un peu fumeuse consistant, en gros, à faire en sorte que circule suffisamment d’argent pour pouvoir acheter tous les biens produits, ce qui supposait l’instauration d’un revenu de base universel.

À l’époque, les créditistes et leur «machine à imprimer de l’argent» étaient fortement moqués. La personnalité de leur chef y était aussi pour quelque chose, mais c’est une autre histoire.

Or depuis mars 2020, il semble y avoir, coquin de sort, comme une pluie de dollars. Donald Trump n’a-t-il pas proposé un plan de sauvetage de 2000 milliards de dollars pour donner un peu de lest à sa société covidisée? Ne sont-ce pas les gouvernements canadien et québécois qui, presque journellement, arrivent avec une nouvelle mesure d’aide tant pour les entreprises que pour les individus?

Nécessité fait loi

La période actuelle est certes exceptionnelle, les mesures mises en œuvre le sont tout autant, et on aurait bien mauvaise grâce de chicaner nos dirigeants.

Le versement de la fameuse Prestation canadienne d’urgence (PCU), de 500 $ par semaine, s’est effectué à la vitesse grand V et sans anicroches. (Les fonctionnaires fédéraux aux prises depuis des années avec les aberrations du système de paie Phénix doivent être contents. Passons.

Une «bonification» n’attend pas l’autre, qu’il s’agisse du crédit pour la TPS, du salaire des travailleurs dits «essentiels» ou des allocations familiales, dans le but de continuer à faire rouler les restants de l’économie.

Et voilà que, coquin de sort derechef, la PCU, qui s’applique à plein de monde, prend des allures de revenu universel garanti en plus d’instiller l’idée qu’au Canada, le salaire décent se situe à 500 $ par semaine. En moins d’un mois, la revendication du 15 $ l’heure est devenue dépassée.

Voraces, dégueulasses

Voyant le spectre de la Grande Dépression des années 1930 se profiler à l’horizon, l’État préfère en donner plus que moins, et soldera ses comptes avec les citoyens plus tard.

Appelées par Justin Trudeau à se montrer solidaires, les grandes banques (ce qui comprend Desjardins) ont consenti quelques «allègements», comme une réduction des taux d’intérêt usuraires de leurs cartes de crédit pour les clients les plus mal pris. Ces taux demeurent néanmoins scandaleux, à plus de 10 %, et les clients devront d’ailleurs payer dès le retour à la vie normale.

Quant aux taux d’intérêts faramineux des cartes de crédit de magasins, rien n’indique qu’ils baisseront malgré le contexte de la pandémie. Les géants des télécommunications, fournisseurs de services qui s’avèrent aujourd’hui nécessaires, continueront leurs pratiques commerciales et financières à la limite de la légalité. En somme pour cette hydre à plusieurs têtes que Réal Caouette appelait «la grosse finance», la survenue de la COVID-19 est une bénédiction du ciel.

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