Une minutieuse mélancolie

Par Michaël Lachance
Publié le 11 décembre 2019
Julie Picard à la Galerie a.                                 Photo Nathalie Côté

C’est Sous le Soleil, exposition de Julie Picard, présentée à la Galerie.a qui a retenu notre attention pour clore l’année 2019. Oeuvres créés à l’aide de vieux exemplaires du Soleil, recyclés par l’artiste depuis des années, on y trouve de savantes découpures en rondelles de mots choisis entre les pages du quotidien de Québec. Ce sont des petites constellations de mots qu’on trouve épinglés dans des cadres entomologiques. Si ces derniers sont d’abord destinés à la préservation des insectes, sachez qu’ils préservent tout aussi bien la mémoire des papiers, et conserve les microcosmes qui les composent. Ces petits formats aux dessins de mots épars ne sont pas sans rappeler la poésie conceptuelle. Cela dit, au-delà des mots, ce sont des fragments du quotidien agencés ici pour en détourner le sens premier au profit d’oeuvres autonomes et magnifiques.

Une fresque in situ, utilisant le même procédé, est également proposée sur un mur perpendiculaire de la galerie, le résultat est impressionnant. Sur un autre front de la galerie, plus politique, Julie Picard affiche une série d’œuvres — douze, comme les mois de l’année — où elle se fait météorologiste. C’est-à-dire qu’elle a savamment étudié les cartes météos imprimées du journal pour suivre durant l’année les courants atmosphériques et océanographiques qui définissent notre paysage météo.

Cela donne une œuvre sensible et politique. Elle montre qu’au-delà des frontières hydrologiques qui séparent le Canada de nos voisins du Sud, comme ces frontières invisibles entre nos provinces et nos villes, in extenso, entre les humains, un lien au-dessus et en dessous nous lie par un territoire invisible. C’est de ces territoires imaginaires et sensibles, à l’aide d’un matériau issu de cette même précarité — politique, économique et environnementale — que Julie Picard surprend en touchant au fil diaphane de l’actualité avec parcimonie et beauté. Pour Julie Picard, artiste multidisciplinaire de Québec, il s’agit d’un retour dans la Capitale après une absence de plus de dix ans. Celle qui a remporté le prix Videre relève en 2008 a vu sa carrière prendre un envol international, ses œuvres ont été présentées dans plusieurs grands rendez-vous de l’art aux quatre coins du globe.

Rue de la Barricade

Longtemps, au 17 rue de la Barricade on s’est couché de bonne heure. Le vieil édifice, qui jouxte le Musée de la civilisation, a été un endroit culte de la scène artistique de Québec. Pour vocation première, des ateliers abordables pour les artistes pour l’essentiel issus des arts visuels; vitement l’endroit est devenu une auberge espagnole. La promiscuité entre artistes et amateurs d’art a atteint son paroxysme dans les années 1970. Un peu sorti de scène pour différentes raisons au cours des 50 dernières années, l’endroit a droit à une petite renaissance depuis environ un an.

C’est le projet d’une commissaire, Anne d’Amours Mc Donald. Elle s’est fait connaître comme jeune commissaire invitée par la Manif d’art. Elle agrafe autour du projet d’une galerie d’art quelques artistes de Québec et fonde la Galerie.a. De décembre à janvier 2020, vous pouvez communiquer avec la galerie pour visiter l’exposition de Julie Picard.

Galerie a,  17 Rue de la Barricade #306.

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