SIS de Québec : des opposants s’associent à la Scientologie

Par Gilles Simard
Publié le 12 septembre 2018

Bien qu’un grand nombre de personnes, d’organismes publics et d’intervenants spécialisés aient depuis longtemps signifié leur approbation, des commerçants et des citoyens-nes de la Basse-ville, dont le restaurateur Napoléon Woo, continuent de brandir des spectres pour dissuader les autorités d’implanter un Site d’Injection Supervisée (SIS) au centre-ville de Québec, près des bretelles de l’autoroute Dufferin. Criminalité accrue, insalubrité, mauvais exemple, retombées néfastes, bref, à les entendre, ce qui s’avère un succès partout ailleurs, nous ramènerait ici à Sodome et Gomorrhe…

Vraiment ! Et tant qu’à agiter des épouvantails, on a même cru bon s’associer avec la très sulfureuse Église de scientologie de Québec, par le biais de sa Fondation (Pour un monde sans drogue), un organisme-paravent réputé pour attirer dans ses filets des jeunes alcooliques et toxicomanes vulnérables. Imaginez ! Tout ce beau monde avait prévu une manifestation publique (fin août), laquelle n’a pourtant jamais eu lieu, sous prétexte qu’on a eu peur d’être infiltré par des éléments pro-SIS… Non mais ?! Pourquoi pas une soucoupe volante avec l’âme flottante de Ron Hubbard dedans, tant qu’à y être ?!

Les bienfaits d’un SIS partout ailleurs

Mais d’abord… S’agissant de Montréal, Toronto, Vancouver, Ottawa et partout dans le monde, rappelons que la preuve est faite que les SIS contribuent non seulement à diminuer la criminalité, mais aussi à garder les gens en santé, tout en réduisant considérablement les risques de propagation d’ITTS, VIH, VHC et hépatite B. Qui plus est, comme l’ont répété cet été des dizaines de participants-es aux deux soirées de consultation menées par le CIUSSS (Capitale-Nationale), outre une nécessaire stabilisation, les utilisateurs-trices de drogues injectables (UDI) se verront aussi offrir de précieuses alternatives en matière de ressources et de thérapies. Bref, au lieu de réprimer, on informe et on donne de l’espoir !

Pour un, après avoir « erré » pendant plus de quarante ans comme intervenant social ou journaliste dans tout ce que la Ville comptait de tavernes et de bouges, je peux sans conteste affirmer que ce sont des centaines et des centaines de morts d’itinérants- es, de prostitués-es et autres toxicomanes qu’on aurait pu éviter, si seulement ces gens-là avaient eu accès à un SIS, au lieu d’un pilier d’autoroute, une porte de garage ou un parking glauque.

La scientologie ?!… N’importe quoi !

Quant à l’église de scientologie, il fallait que le proprio du resto Wok n’Roll (sur Charest) soit vraiment désemparé, désespéré ou mal informé pour s’associer avec pareille organisation. Est-il besoin ici de rappeler que cette « église » ayant pignon sur St-Joseph (via une bâtisse pharaonesque de 6 M $, reconnue comme OSBL et exempte de taxes), a été accusée de fraudes et d’escroqueries en bande (en France et ailleurs), vilipendée par les Droits de la Personne de nombreux pays, et que Québec a fermé l’un des centres de désintox (Narconon-2012), à Trois-Rivières, à cause de pratiques jugées non-conformes et dangereuses ?

Fini le pas dans ma cour

Cela dit, je comprends tout même que monsieur Woo et d’autres puissent avoir des craintes. Mais, comme le soulignait récemment Éric Courtemanche-Baril, président de la Société de Développement Commerciale (SDC), « … le pas dans ma cour ne tient plus comme argument. Il faut avancer et voir comment ce projet sera sécuritaire et bénéfique pour tous. »

Et j’ajouterais qu’un SIS est tout ce qu’il y a de plus « normal » pour un quartier du centre-ville comme St-Roch… Un ancien faubourg ouvrier, qui n’a pas à être considéré comme un parc-réservoir à condos, voire comme un nouveau terrain de jeu commercial pour bobos alanguis, promoteurs voraces et autres jeunes loups se plaignant « qu’il y a trop d’organismes communautaires, pour ce qu’il y a d’édifices en hauteur et de commerces branchés. » (GM Développement dixit).

On se garde une petite gêne, les amis …

L’ouverture des anciens

Enfin, je voudrais rappeler à monsieur Woo cette époque bénie du début des années soixante où les tavernes étant fermées le dimanche, moi et ma bande allions boire de la grosse bière dans ces merveilleux petits troquets de l’ancien quartier chinois (si bien évoqué par Lepage). Du Min-Sun au Woo’s House, en passant par le Canton, le Dragona et chez madame Tippitit, nous y étions toujours accueillis dans le respect, et ce même si nous n’avions souvent que notre jeunesse turbulente à offrir en échange…

Je garde un souvenir impérissable de cette époque d’ouverture et d’enrichissement mutuel avec les familles Seto, Woo, Fang, Wong, Chan, Lee, Tom et autres qui vivaient et travaillaient en Basse-ville de Québec. Puissent monsieur Woo (et sa fille) s’en s’inspirer allègrement pour leur Wok n’Roll, plutôt que d’agiter des épouvantails et des dragons quant à l’inéluctable SIS. Tout le monde en profitera.

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