L’IRIS fait le bilan de quinze ans de gouvernement libéral

Par Marie-Hélène Boucher
Publié le 24 septembre 2018

Je vais exposer ici les idées principales du livre de Julia Posca et Guillaume Hébert, Détournement d’État :Bilan de quinze ans de gouvernement libéral. En ces temps d’élections, la lecture de ce livre de l’institut de recherche socio-économique (IRIS) est tout à fait indiquée, car elle rappelle que le Parti libéral du Québec (PLQ) ne se fait pas une priorité d’offrir des services publics de qualité à la population. Ce livre est découpé en chapitres qui rappellent les actes de ce parti en présentant les personnalités principales qui en furent membres ou qui ont eu des liens avec celui-ci.

Les fameux PPP…

D’abord, dans la section sur la ministre Monique Jérôme-Forget, il est question de la réduction de l’effectif des travailleurs de l’État québécois au profit de la création des partenariats public-privé (PPP) qui confie à des entreprises privées des tâches auparavant exécutées par les fonctionnaires de l’État. Cela a entraîné une augmentation des dépenses du gouvernement en raison du contrôle plus difficile à exercer sur la réalisation des contrats et de la corruption qui en résulte.

Par exemple, les coûts des travaux de construction au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), au Centre universitaire de santé McGill (CUSM) et aux infrastructures routières se sont avérés plus élevés que prévu en raison de ce type de situation. La section sur Tony Tomassi rejoint ce sujet de la corruption en mettant l’accent sur le fait que le Parti libéral va souvent octroyer des contrats en échange d’un soutien financier de la part des entreprises.

L’augmentation des frais de scolarité et cie

Le chapitre sur Raymond Bachand, ministre des Finances, traite des baisses d’impôts que le gouvernement a accordé aux entreprises et aux particuliers ce qui a entraîné une importante baisse de revenus pour le gouvernement. La taxe sur le capital des entreprises est aussi abolie, tandis qu’il augmente la taxe sur la vente (de 7,5 % à 9,5 %) et crée la taxe santé ainsi que celle sur l’eau. Il est aussi question de l’augmentation des frais de scolarité, d’hydroélectricité et de garderie. Les particuliers sont davantage obligés de payer des taxes et frais pour des services publics, alors que les entreprises sont favorisées.

Le chapitre suivant, celui sur le ministre des Finances, Carlos Leitão, met en lumière les politiques d’austérité sur lesquelles cet homme politique compte davantage que Bachand. Les coupes budgétaires vont viser particulièrement les services à la population : les programmes d’adaptation de logements pour les personnes handicapées, certains postes dans le domaine de la santé (préposés aux bénéficiaires, travailleurs de l’entretien ménager, etc.) et les services aux élèves en milieu scolaire(transport, aide aux devoirs, activités parascolaires, etc.).

Puis les mesures d’austérité

Cependant, en réduisant les dépenses publiques pour contrer le déficit qui n’était pas très élevé en proportion du budget, il se produit un ralentissement économique. Cela s’explique par le fait que les dépenses publiques jouent le rôle de moteur économique et participent ainsi à la relance de l’économie. L’effacement du déficit survenu à l’époque de ce ministre s’expliquerait par l’amélioration de la conjoncture économique en raison de la reprise économique aux États-Unis et de la baisse du dollar canadien. Les mesures d’austérité comme celles mises en place auraient plutôt retardé le remboursement de la dette. L’économiste en chef du Fond monétaire international (FIM), Olivier Blanchard, a même reconnu que les mesures d’austérité avaient été un échec dans les pays qui les avaient appliquées pour tenter de rembourser leurs dettes.

Le chapitre sur le premier ministre, Philippe Couillard, aborde le sujet des centres de la petite enfance (CPE) qui sont moins financés par le gouvernement que par le passé en raison de l’accroissement des montants accordés aux garderies privées. Cependant, il aurait été intéressant de développer un peu plus le sujet des difficultés auxquelles doivent faire face les CPE. Ensuite, les centres locaux de services communautaires (CLSC) voient leurs ressources financières et humaines transférées aux groupes de médecine familiale (GMF) qui sont des cliniques gérées par les médecins, mais financées par les deniers publics. Sous le règne de Couillard, une réforme structurelle du système de santé ainsi que des coupes au sein de celui-ci sont instaurées ce qui a pour conséquence de mettre une pression accrue sur les travailleurs de ce système qui ont ainsi de la difficulté à se concentrer sur la qualité des soins offerts.

Les dessous de la fondation Chagnon

Il est également possible d’apprendre qu’André Chagnon, créateur de la Fondation Lucie et Vincent Chagnon, a participé à l’essor du philanthrocapitalisme, qui est une combinaison de charité privée et d’intervention de l’État en tant que subventionnaire de l’organisme. Cela signifie que l’État s’engage à verser un montant équivalent à celui que la fondation peut remettre à des organismes communautaires. Par exemple, si la fondation donne 500 millions de dollars à des organismes qui aident les enfants, l’État va remettre le même montant à ces organisations.Cette façon de faire n’est pas transparente, car la fondation décide à quels organismes elle donne. Donc, elle favorise certains groupes communautaires plutôt que d’autres et exerce un certain contrôle sur les façons de faire des organismes qui veulent obtenir du financement.

Beaucoup d’argent pour Bombardier

Dans la section sur Laurent Beaudoin, PDG de Bombardier, les auteurs soulignent le fait que le Parti libéral s’est toujours fait un devoir de financer certaines entreprises privées avec une énorme quantité d’argent public comme dans le cas de Bombardier et de Québécor. Par exemple, dans le cas de Bombardier, surtout à partir de 2015, quand cette entreprise connaît des difficultés financières, le gouvernement lui accorde 2,8 milliards de dollars. Malgré tous ces investissements, l’entreprise délocalise de plus en plus ses activités dans d’autres pays à partir de cette période, ce qui entraîne la perte de 3 900 emplois au Québec.

Ensuite, il est question de Nathalie Normandeau, qui fut ministre des Ressources naturelles. Cette dernière était toujours prête à accepter n’importe quels projets d’exploitation du territoire,même avant l’évaluation des impacts environnementaux, si les entrepreneurs laissaient miroiter que cela allait rapporter comme dans le cas du Plan Nord ou de l’exploitation des gaz de schiste. En réalité ces projets ne présentaient même pas de retombées économiques importantes. Par exemple, le gouvernement prévoit toucher seulement 560 millions par année avec le Plan Nord ce qui représente moins de 1 % de son budget annuel. Cela s’explique aussi par les redevances peu élevées (2%) que les entreprises doivent payer sur les profits qu’elles réalisent de l’exploitation des ressources naturelles.

La privatisation des services publics, dans la mire de la CAQ?

Pour conclure, ce livre présente les agissements du Parti libéral qui met surtout de l’avant les entreprises privées par la privatisation des services publics et par des politiques fiscales ou économiques avantageuses pour ces dernières. Cependant, il aurait été intéressant de développer davantage les dommages qu’a subi le système de santé public,  en réalisant un chapitre seulement sur les mesures instaurées parle ministre Barette.

Il est possible de faire le parallèle avec la Coalition Avenir Québec (CAQ) de François Legault, car ce parti fait la promotion de la libre entreprise et de l’affaiblissement de l’État-providence. D’un point de vue, économique, budgétaire et environnemental, il existe très peu de différence entre le Parti libéral et la CAQ. La CAQ promet de baisser les impôts, mais en faisant cela, ce parti se prive de revenus pour offrir des services publics gratuits et de qualité à moins, bien sûr, qu’il compte davantage encourager les entreprises privées pour qu’elles mettent en place plus de services payants.

 

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