Décolonisation de l’art, ré-ensauvagement de l’humain

Par Nathalie Côté
Publié le 12 septembre 2018
Catherine Boivin est originaire de la communauté de Wemotaci de la nation Atikamekw. L’artiste multidisciplinaire participe au RIAPA les 14, 15 et 16 septembre à Wendake. Photo : RIAPA.

C’est une première : trois jours de performance d’artistes autochtones à Wendake et à Québec avec la collaboration d’artistes de soixante nations provenant de divers lieux au Canada. Ce RIAPA (Rassemblement inter-nations d’art performance autochtone) se déroule les 14, 15, 16 septembre et a été orchestré par Guy Sioui-Durand qui lance ainsi l’invitation: «c’est l’occasion d’aller dans une réserve et de voir quelque chose d’exceptionnel».

Le projet mis en branle bien avant la controverse de l’été 2018 autour de la pièce de théâtre Kanata de Robert Lepage, arrive à point nommé. Alors qu’on a reproché à l’homme de théâtre de ne pas avoir intégré suffisamment les autochtones dans cette pièce sur l’histoire du Canada, ici, personne ne pourra être accusé d’appropriation culturelle : des artistes autochtones se produiront en territoire autochtone et ils ont été sélectionnés par un commissaire autochtone.

L’événement est-il «politiquement correct» pour autant? À cela Guy Sioui-Durand répond d’emblée : «Je préfère le scandale à la censure!». C’est vrai que l’univers de la performance n’a jamais été de tout repos. Depuis les années 1960 avec les artistes de l’actionnisme viennois qui testaient les limites de leurs corps jusqu’à la Française Orlan qui s’est fait faire des chirurgies plastiques en guise d’œuvres d’art, c’est un art du risque. Mais le spectre des pratiques est large et souvent plus poétique que provocateur. L’événement, se déroulant principalement à Wendake, annonce ses couleurs avec en sous-titre : «Décolonisation de l’art, ré-ensauvagement de l’humain». Pour le commissaire, les pratiques contemporaines des artistes autochtones se sont transformées depuis les dernières décennies : «Nous observons une effervescence des actes sauvages, au sens d’insoumis. Cet art action autochtone s’exprime par un ré-ensauvagement et le renouvellement des relations.»

La sélection est ambitieuse. On pense notamment à l’artiste métis David Garneau qui a rejoué la pendaison de Louis Riel (1885) devant des statues de l’ancien premier ministre canadien, John A. Macdonald. Il a fait ses performances bien avant que soit déboulonnée, il y a quelques semaines à l’Hôtel de ville de Victoria, une statue de l’ancien premier ministre. Celui même qui a condamné le Louis Riel à la pendaison et premier ministre responsable des pensionnats autochtones, ces outils d’assimilation instaurés au XIXe siècle.

Mais l’art des artistes autochtones est-il toujours politique et nécessairement engagé? Guy Sioui-Durand : «l’art autochtone est chamanique, c’est un art de guérison, un art mythologique de l’ordre du merveilleux avec ses contes et légendes, ses rythmes et ses sons, de la poésie au hip hop. C’est un art poétique mais toujours dans le contexte de l’histoire, donc politique en se sens et pas seulement de la contestation. C’est pourquoi je parle de manière positive d’une phase d’affirmation par l’art.»

Le 14 septembre à Wendake. Au Musée huron-wendate et à l’Amphithéâtre de Wendake. De 19h30 à 22h30.
Pour plus d’info : RIAPA.ca.
Un autobus partira du Lieu vers Wendake à 18h30 (retour à minuit). Le 15 septembre à Québec De 15h à 16h, performances au site historique du parc Cartier/Brébeuf. Suivi des expositions d’archives à la Chambre blanche et d’une soirée au Lieu, 345 rue du Pont.

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