La Côte Badelard : un lieu unique et hors norme

Michel Beaulieu et Marc Grignon, Comité Parc Badelard
Publié le 11 mai 2018

Le 27 mars dernier, la Ville de Québec tenait une séance d’information au sujet de la piste cyclable projetée sur la rue Arago — projet qui impliquait le retrait des pavés et l’asphaltage de la Côte Badelard afin de la mettre aux « normes ». Il n’en fallait pas plus pour provoquer la réaction passionnée des résidants du secteur qui se sont massivement portés à la défense du caractère unique de cet espace urbain. La Ville semble avoir tout simplement élaboré son projet sans avoir pris conscience de l’importance de ce parc pour les résidants des environs de la Côte Badelard, Basse- Ville et Haute-Ville confondues.

Rappelons que l’aménagement actuel, avec ses pavés, ses bollards de protection et sa bande cyclable est une réalisation du début des années 2000, appuyée à l’époque par une pétition de 779 citoyens. Soucieuse de donner un cachet unique à l’endroit, la Ville ne s’est pas contentée d’y interdire la circulation automobile et de végétaliser la côte. Elle a investi temps et argent pour récupérer les pavés originaux, qui se trouvaient encore sous l’asphalte, et les réinstaller. Le résultat de tous ces efforts? Une côte partagée (piétons/cyclistes), devenue une oasis de verdure dans un secteur qui est autrement dépourvu de parcs, un lieu magique apprécié des passants et totalement approprié par les résidants. En effet, à chaque printemps depuis 2003, s’organise une corvée de nettoyage qui se termine par une sympathique fête entre voisins au pied de l’escalier public. Cette corvée serait d’ailleurs l’ancêtre des nombreuses « corvées citoyennes » qui se déroulent aujourd’hui au printemps dans les quartiers centraux.

Le Parc Badelard est devenu à la fois un terrain de jeu pour les enfants et un lieu d’échange et de socialisation pour les citoyens — que ce soit autour de la « Cabane à bouquins » dans l’escalier, près du site de compostage à mi-parcours, ou pendant les nombreux évènements et fêtes qui s’y déroulent. Tout cela en demeurant une voie de passage, un trait d’union privilégié entre la Basse-Ville et la Haute-Ville, que piétons et cyclistes se partagent en harmonie. S’il existe à Québec un exemple d’aménagement municipal bien réussi, totalement intégré à la vie de quartier, c’est du côté du Parc Badelard qu’il faut le chercher.

La Côte Badelard est un étonnant petit parc urbain situé dans une ancienne rue sinueuse, à flanc de coteau, où l’herbe pousse entre les pavés, où les arbres croisent leurs branches pour fournir une ombre bienfaisante, et où la pente est suffisamment forte pour faire la joie des enfants sur leurs traineaux en hiver tout en restant bien sécuritaire, car éloignée de la rue Arago. D’un point de vue « normatif », ce n’est ni tout à fait un parc, ni une rue, ni complètement une place publique, ni une vraie piste cyclable; elle est cependant tout cela à la fois. Le Parc Badelard est un lieu véritablement unique justement parce qu’il est hors norme, un espace urbain qui a atteint un équilibre auquel le voisinage est extrêmement attaché. Compte tenu de tout cela, il n’est pas étonnant que le projet municipal d’arracher les pavés pour asphalter — adieu le cachet historique et champêtre ! —, de ségréguer à nouveau piétons et cyclistes — l’espace est pourtant partagé sans problème par ces deux types d’usagers depuis près de 20 ans ! — de réduire l’espace piéton, d’empêcher les enfants de jouer dans la côte — il n’est pas étonnant que ce projet ait rencontré une si forte opposition. Au fond des choses — les représentants de la Ville l’ont admis lors de la réunion du 27 mars — le projet visait d’abord et avant tout à « respecter les normes » !

Étonnamment, à quelques mètres de là, sur la rue Sainte- Claire, la Ville a su mettre en place la première rue partagée officielle de la Ville de Québec, où piétons, vélos et automobiles se partagent la chaussée sur un pied d’égalité. Une rue totalement « hors norme ». Le temps est venu de reconnaitre que l’aménagement de la Côte Badelard était un précurseur, qu’il est lui aussi une voie partagée pour piétons et cyclistes en fonction depuis près de vingt ans, et qu’il n’a pas besoin d’être reconfiguré pour satisfaire une norme qui ne s’applique pas à ce genre de lieu. Une telle intervention au forceps ne pourrait que lui faire perdre ses fonctions actuelles et son charme.

Depuis la séance du 27 mars, d’autres démarches ont été entreprises, notamment auprès du Conseil de quartier de Saint-Roch et du Conseil d’arrondissement La Cité-Limoilou, et une association de défense du Parc Badelard est née — le Comité Parc Badelard. Ce nouveau regroupement citoyen cherche avant tout à maintenir l’équilibre fragile que le lieu a atteint au fil des ans, et ainsi poursuivre l’œuvre des nombreux citoyens qui ont contribué à faire du Parc Badelard ce qu’il est aujourd’hui. Les travaux prévus pour l’été 2018 sont maintenant suspendus, et une démarche consultative est annoncée pour l’automne. C’est donc une histoire à suivre !

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