Parlons de sexe

Par Geneviève Lévesque
Publié le 17 mars 2018
Illustration: Yorick Godin

Le sexe. Dans les formulaires, ça semble simple. Vous êtes de sexe masculin ou de sexe féminin, cochez la case qui convient. La question s’est complexifiée ces dernières années au point où il ne faudrait plus parler de sexe, mais plutôt de genre.

Jusqu’à récemment, on les appelait « transsexuels » pour marquer le fait qu’ils ou elles ont traversé une transition physique allant jusqu’à la prise d’hormones sexuelles et à l’opération de transformation de leurs organes génitaux. Maintenant, l’appellation correcte, c’est-à-dire inclusive, est celle de personnes trans ou de personnes transgenres.

Louis-Filip Tremblay, directeur général de l’Alliance Arc-en-ciel, une organisation de défense des droits des personnes LGBT+ à Québec, explique que l’accès à la santé est souvent difficile pour les personnes trans. Au-delà du traitement de transition lui-même, les personnes qui souhaitent faire une transition doivent auparavant se soumettre à une évaluation psychologique. Or, un manque de formation de la part des professionnels en ce domaine fait que, la plupart du temps, ces personnes doivent s’adresser au système privé.

Dans le contexte où les personnes trans sont souvent financièrement fragilisées, du fait même qu’ils perdent souvent leur travail après une annonce de transition ou que les employeurs hésitent à les embaucher par la suite, la transition devient souvent une question d’argent. La Fondation Émergence a d’ailleurs publié un document visant à informer les employeurs pour permettre une meilleure intégration des personnes trans au marché du travail.

Un beau p’tit genre

C’est de genre qu’il faut parler, en langage inclusif. Le sexe en vient à signifier seulement l’acte sexuel lui-même. Il faudrait donc refaire tous les formulaires… ainsi que la langue. Car c’est bien cofondateurice qu’il faut dire, spécifie Alexys Guay, elle-même cofondateurice de Divergenres. On ne dit plus tous et toutes, car ce n’est pas suffisant pour inclure tout le monde. Il faudrait plutôt dire « toustes ». Féminiser n’est plus assez. Pour être inclusif, il faut inclure les deux genres… et tous les autres.

Quel pronom utiliser pour parler à une personne transgenre ? Il ou elle ? Quand on fait un tour de table, on demande à chacun son prénom et ses pronoms, ce qui simplifie beaucoup le reste de la discussion. Alexys, par exemple, souhaite qu’on utilise en parlant de lui le pronom « ielle ». Si la personne qui s’adresse à lui n’est pas à l’aise de le faire, elle peut toujours alterner les pronoms il et elle. Et que dire du prénom? Alexys – prononcer le « s » — a changé son prénom d’origine, très féminin, en prénom plus neutre. Pas parce qu’elle n’aime pas son ancien prénom, mais il souhaite exprimer son genre, fluide dans son cas, de manière plus claire.

Selon Louis-Filip et Alexys, il n’y a pas plus de personnes transgenres qu’avant. C’est seulement que plus de personnes transgenres s’affirment telles qu’elles sont. Une estimation récente indique que les adultes s’identifiant comme personne trans formeraient 0,6 % de la population aux États-Unis, soit environ 1,4 million de personnes, souligne Alexys.

Divergenres, en tant que futur organisme sans but lucratif, organise des rencontres où le féminisme intersectionnel est de mise. Absolument aucune discrimination n’est tolérée. Cela afin que les personnes transgenres aient à leur disposition un espace où s’exprimer librement.

Et le féminisme, là-dedans ?

À titre personnel, Louis-Filip Tremblay affirme que cette façon de concevoir le genre est très féministe. « On est en train de déconstruire les particularités de genres, comme quoi il y a une réalité homme-femme très différente, garçon-fille. […] On est en train de dire : on est tous des humains, et ce qu’on a dans nos pantalons ça ne change rien au final. […] J’espère qu’on va en venir à ce qu’un jour le genre ne sera vraiment pas important, qu’on aura tous des noms par exemple, des accoutrements, qui ne voudront rien dire sur notre genre biologique. »

Diane Guilbault, présidente de Pour les droits des femmes du Québec, livre un autre son de cloche. Elle a souvent été accusée de transphobie. Pourtant, PDF Québec compte deux personnes trans comme membres. Elles étaient plusieurs femmes à être membres de la Fédération des femmes du Québec au départ. « On se sentait trahies par un mouvement qui a été créé par des féministes qui n’hésitaient pas à défendre le droit des femmes et on voyait que la FFQ allait complètement dans une autre direction. »

Selon Madame Guilbault, le concept d’intersectionnalité a provoqué une « explosion » des oppressions : le capacitisme, le racisme, le colonialisme, etc. Explosion qui a fait perdre le focus de l’analyse féministe, qui portait jusqu’alors strictement sur le droit des femmes. « [Les féministes de la FFQ] se disent de gauche, mais en fait c’est une approche néolibérale où on se base sur des choix individuels pour prendre une position. [La lutte devient] mon groupe contre ton groupe, dit-elle, tandis que le féminisme s’est bâti sur le commun qu’ont les femmes de toute la terre ensemble. »

Afin de rassembler les femmes qui ne se sentaient plus représentées par la FFQ, PDF Québec a été fondé en 2013. Le regroupement féministe accepte maintenant les hommes, mais ils n’ont cependant pas le droit de vote. PDF Québec, en plus de deux personnes trans et de plusieurs hommes, inclut également un grand nombre de femmes de diverses cultures.

Madame Guilbault s’étonne de l’élection d’une personne transgenre à la présidence de la FFQ. En effet, Gabrielle Bouchard a été élue à ce poste en novembre dernier. « C’est un choix étrange, disons, parce que, quand même, qu’un organisme qui exclut les hommes, contrairement à nous [choisisse une personne née homme] pour représenter les femmes… »

Une affaire de langues

Si Alexys de Divergenres élabore sur les ajustements linguistiques à apporter pour inclure les personnes non binaires, Diane Guilbault, elle, base la question des genres sur un anglicisme. Comme quoi, finalement, c’est une affaire de langues.

Selon Madame Guilbault, aux États-Unis et au Canada anglais, le terme de « genre » aurait remplacé celui de « sexe ». Or, la différence sexuelle, selon elle, est primordiale, puisque dans le vécu d’une femme, ce qui la rend semblable à une autre femme et donc vulnérable autant qu’une autre femme aux agressions comme aux inégalités, c‘est son sexe, c’est-à-dire ses organes génitaux. Tandis que pour les tenants de la diversité des genres, on peut avoir un organe mâle ou femelle, cela ne change rien, en bout de ligne, au vécu. Ce qui est primordial, c’est comment on se sent. On ne peut imaginer deux positions plus opposées.

Des espaces réservés ?

Les droits des personnes trans, oui, dit Mme Guilbault, mais pas aux dépens des droits des femmes. Ce qui l’inquiète, c’est la porte ouverte dans la loi à partir du moment où les personnes trans — en grande majorité des personnes nées hommes — ont accès aux espaces réservés aux femmes. Les toilettes publiques, par exemple. En Inde, actuellement, rappelle Mme Guilbault, les femmes sont en train de se battre pour des toilettes réservées parce qu’elles se font agresser dans les toilettes.

Et les prisons ? Actuellement, une personne trans née homme peut demander d’être transférée dans une prison pour femmes. Un homme, un agresseur sexuel par exemple, peut aussi demander d’être transféré dans une prison pour femme, s’il dit se sentir femme. Mme Guilbault parle carrément d’un « droit supprimé », le droit humain des femmes de n’être pas dans une prison avec des hommes.

Vivement les prisons trans, ou neutres. Comme les toilettes neutres, d’ailleurs, en tant que troisième catégorie d’espace réservé. En ce domaine, l’Université Laval s’est montrée avant-gardiste récemment en inaugurant des toilettes neutres.

Et chez les enfants ?

La mésentente entre ces deux positions se poursuit du côté de l’éducation des enfants. Doit-on dire à un garçon qu’il est un garçon, à une fille qu’elle est une fille ? Si l’on veut être inclusif.ive, probablement pas. Il suffirait de dire : « tu as un pénis, tu as un vagin, mais tu verras plus tard si tu te sens garçon ou fille ». Ou ne vaut-il pas mieux continuer d’affirmer le genre de naissance, ou le sexe, de l’enfant et d’accepter le changement si l’enfant, plus tard, le remet en question ? Affirmer, comme Sabrina Fortin, mère de quatre enfants : « Je vais continuer de dire que ma fille est une fille car cela veut dire qu’elle a un vagin et elle en a un, effectivement, et mes gars sont des gars, car ils ont un pénis. »

Deux méthodes d’éducation assez inclusives l’une et l’autre, mais qui se font néanmoins compétition. Ce qui est certain, c’est que la question des genres est là pour rester. En tenir compte devient nécessaire en respectant le choix de chacun.

Glossaire

Identité de genres : comment une personne se définit en terme de genre.

Expression de genre : comment une personne exprime son genre, par exemple comment elle s’habille, se coiffe, etc.

 Cis-genre : une personne qui se définit par le genre qui lui a été assigné à la naissance.

Transgenre : terme parapluie qui inclut toutes les personnes dont le genre ne correspond pas à celui assigné à la naissance.

Personne binaire : une personne dont le genre est soit « homme », soit « femme ».

Personne non binaire : une personne pour qui le genre se décline de manière plus complexe, selon plusieurs nuances ou de manière non traditionnelle.

Personnes non binaire genderfluid : une personne dont le genre n’est ni homme, ni femme, et varie selon le moment, par exemple un jour elle se sent plus femme, un jour il se sent plus homme. L’expression de genre s’adapte au sentiment de genre du moment.

Personne queer : qui souhaite ne pas avoir d’étiquette de genre. Étiquette sans étiquette.

Personnes LGBT+ : terme inclusif pour parler de toutes les personnes ayant des orientations sexuelles ou des genres non conventionnels. L’acronyme signifie : Lesbienne, gai, bisexuel, transgenre.

Commentaires

  1. Excellent article, soucieux de présenter les différents protagonistes.

    Je suis cependant plus que sceptique par rapport au chiffre rapporté sur les trans, lesquels formeraient supposément 4 % de la population… ce qui m’apparaît une pure fabulation.
    Selon Philippe Brenot, sommité en ces domaines, les gais composeraient 3 à 4 % de la population dans les pays occidentaux, les lesbiennes 1 à 2 % et les bi moins de 1%. Quant aux trans, ils
    représenteraient 1 cas sur 400 000 (en pourcentage = 0,0003 %).

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