Maxime Fiset sur l’extrême-droite et les «antifas»

Par Kevin Ouellet
Publié le 26 octobre 2017
Un militant «antifa» masqué, défend sont point de vu pendant la contre-manifestation du 20 août. Photo: Réal Michaud

On assiste actuellement à la multiplication des groupuscules d’extrême droite en Europe et en Amérique du Nord. Le Québec n’est pas en reste. La manifestation de la Meute et la contre-manifestation qu’elle a suscitée le vingt août dernier démontrent l’importance de cet enjeu. Pour mieux comprendre, on a fait appel à l’expertise de Maxime Fiset du Centre de Prévention de la radicalisation.

K.O. D’après ton expérience, quels sont les motifs qui conduisent à la fréquentation et à l’attachement aux idéologies d’extrême droite ?

M.F. L’extrême droite, c’est comme toutes les formes de radicalisation. On s’engage par un besoin de donner un sens à sa vie, de trouver sa place en société, de répondre à des questions telles que : «Qu’est-ce qu’une société juste ?», «Comment je peux changer le monde ?». Pour la plupart des formes de radicalisation, c’est par méfiance envers «l’Autre», par rejet, par haine, que ces questions se posent. Dans le cas de l’extrême droite, cela part d’un postulat selon lequel il existe parmi nous des différences fondamentales, voire naturelles ou génétiques qui feraient la supériorité de certains humains par rapport à d’autres. Ce sont évidemment les personnes qui cherchent à se sentir supérieures à d’autres qui vont tendre à mettre de l’avant ces idées-là. L’extrême droite, tout comme d’autres formes de radicalisation, part d’un malaise dans la société. La réponse qu’elle donne à ce malaise est celle de l’intolérance et de la méconnaissance.

K.O. Est-ce que des groupes tels que La Meute pourraient développer leurs discours jusqu’à un degré de radicalisation ouvrant la porte à des comportements dépassant l’incitation à la haine pour se livrer, par exemple, à des activités criminelles ?

M.F. La propagande haineuse et l’incitation au génocide sont des actes criminels au Canada (…). Les groupes populistes qui sont à la limite de l’extrême droite comme La Meute voient graviter dans leur entourage des individus qui commettent des actes criminels selon la loi. La Meute a des liens avec ces individus-là. Des gens entrent dans La Meute, se créent un cadre idéologique démontrant un certain degré de radicalité et vont engager leurs activités selon qu’ils considèrent le groupe suffisamment ou insuffisamment radical. De cette manière, La Meute est un agent de radicalisation. C’est pour cela qu’ils sont surveillés et qualifiés d’extrême droite.

Et le mouvement antifasciste ?

K.O. On entend de plus en plus parler d’un mouvement antifasciste au Québec en réponse à la montée de l’extrême droite. L’usage de la violence rend souvent les commentateurs politiques réticents à l’égard de ce mouvement. Qu’est-ce que les citoyens devraient savoir sur ce mouvement ?

M.F. D’abord, le mouvement antifasciste, je pense que c’est à peu près l’ensemble de la société à part quelques milliers d’individus. Tout le monde est antifasciste au Québec. À propos de la mouvance « antifa », ce sont généralement des individus proches de certains milieux de l’extrême gauche, près du communisme ou de l’anarchisme, qui s’associent malgré leur manque d’affinités idéologiques pour un objectif commun selon lequel la mouvance fasciste est à combattre au niveau de la rue pour être bloquée. À la base, ce blocage fait partie du jeu politique. C’est légitime.

Ce qui va poser problème, c’est lorsque certains individus adoptent la stratégie Black Bloc, en se revêtant de noir complètement afin de se fondre dans un groupe anonyme pour commettre des actions de désobéissance civile ou violente. Ici, il peut y avoir problème puisqu’il y a préméditation et que cela devient grave s’il s’agit d’actes criminels. La grande partie des personnes qui se regroupent ne dépasseront cependant pas le niveau de la désobéissance civile. En gros, ceux-ci utilisent une stratégie qui était, il n’y a pas si longtemps, utilisée aussi par les syndicats — comme le Syndicat des infirmières qui a bloqué des rues et a eu recours à une escalade de moyens de pression.

Parmi les groupes antifas, il y a, par exemple, la Jeune Garde de Montréal, regroupant des individus qui sont prêts à en découdre. Malgré qu’ils se limitent à des actions antifascistes, ils peuvent occasionnellement présenter un danger comme lors du blocage du vingt août dernier, lors duquel j’ai failli, avec les journalistes, recevoir des bouteilles de verre au visage.

Ayant été coincé avec les journalistes entre les antifas et la police, il a fallu qu’on se fraie un chemin derrière la police anti-émeute. Politiquement, ces individus ne font pas l’unanimité au sein du mouvement antifasciste car lorsqu’ils lancent des projectiles, ils mettent la manifestation en danger, y compris pour les manifestants pacifiques.

La gauche a beaucoup de difficulté à dénoncer ces actions parce qu’on les accepte sous prétexte de diversité des tactiques. Moi, en ce qui me concerne, je n’ai aucune difficulté. Leur manière de faire n’est pas nouvelle. Cela s’est toujours fait, mais il faut que cela cesse de se faire.

Pour conclure sur eux, je peux dire, de par mon métier, que tous les terreaux idéologiques peuvent donner naissance à des individus plus extrémistes, incluant l’extrême gauche. C’est normal qu’on en voit. Heureusement, ils n’ont pas encore commencé à tuer comme ça a été le cas de l’extrême droite à la mosquée de Québec. Il faut évaluer la gravité des cas.

C’est grave de lancer des roches, mais ça l’est encore plus de tuer haineusement six personnes dans une mosquée. L’extrême gauche n’est heureusement pas rendue à ce niveau de violence au Québec. Elle l’a cependant déjà été dans les années 1970 en Italie ou en Allemagne auparavant. Certes, c’était un tout autre contexte et un univers social beaucoup plus violent. Pour le moment, il n’y a pas d’augmentation de la violence d’extrême gauche, juste une plus grande médiatisation.

Que faire contre l’extrême droite ?

K.O. Les idées de l’extrême droite se propagent peu à peu jusque dans les écoles par les médias sociaux et la marchandise promotionnelle qui en facilitent la diffusion. Comment peut-on intervenir en tant que parents et amis ?

M.F. Ne laissez pas vos enfants se promener avec des symboles d’extrémistes. Il est aussi possible de parler de ces préoccupations aux professeurs, à la direction ou à vos amis. Ce n’est pas du « stool », ça s’appelle « se préoccuper de ses amis » ! Si, dans un cas similaire, j’étais dans cette situation en tant qu’intervenant en milieu scolaire, j’enverrais l’élève directement à la maison se changer. La Meute est un groupe extrémiste et il n’est pas acceptable que ses symboles puissent être arborés librement dans un établissement scolaire.

Dans la rue ou au centre d’achat, cela ne m’appartient pas, mais à l’école, c’est inacceptable. Les jeunes qui veulent s’identifier à La Meute, je les comprends. Il y a un certain questionnement auquel il faut être capable de répondre par nous-mêmes et, ce, de façon mature et obligée. Il faut évidemment toujours montrer notre opposition aux groupes extrémistes, mais il ne faut pas que cela soit au détriment de ces jeunes qui ont peut-être besoin qu’on les accompagne. Les profs, les amis, les parents peuvent appeler n’importe quand au Centre de Prévention, c’est le genre de dossiers que l’on prend sur une base régulière. Habituellement, on n’intervient pas directement, on s’assure d’outiller le milieu selon ses besoins. Au moins, on s’assure de la méthode à adopter. On évite aux gens de commettre des faux pas.

K.O. Maxime Fiset conclut en portant notre attention sur la campagne de prévention « Et si j’avais tort ? ». Pour lui, cette campagne est un appel à revisiter le sens commun et à définir les valeurs qui nous motivent à prendre la parole. Peut-être que nos valeurs ne nous séparent pas autant qu’on l’imagine ?

Centre de Prévention de la radicalisation 1-877-687-7141 (sans frais, n’importe où au Québec).

Commentaires

  1. Analyse de banc d’école…

    Je m’excuse, monsieur Fiset, mais les communistes (et socialistes) tant au Québec, qu’au Canada, qu’au États-Unis, qu’en France, en Allemagne et partout ailleurs dans le monde n’ont rien à voir et ne sont liés d’aucune façon au phénomène antifa !

    Et avant d’accuser les mouvements de gauche/extrême gauche d’acte de violence en Europe dans les années 70-80, monsieur Fiset ferait bien d’étudier en profondeur les réseaux Gladio et Stay Behind, réseaux sous le contrôle express de l’OTAN et des États-Unis, composés de membres de droite et d’extrême droite, généralement de mouvances fasciste et néonazi, responsables d’actes terroristes sous fausses identités en les faisant passer pour des actes commis par des communistes, des socialistes, des écologistes et autres mouvements de gauche. Et ne m’arrivez pas avec des non-arguments comme « complotiste » et « conspirationiste » puisque ce sont des faits avérés, connus et reconnus depuis des décennies.

    Idem pour les débuts d’actes de violences et de vandalismes commis lors des grandes manifestations au Québec et le reste du Canada auxquelles j’ai personnellement pris part depuis près de 30 ans. Nous avons toujours soupçonné que des policiers agents provocateurs déguisés en manifestants (rôle généralement joué par de jeunes finissants et finissantes des écoles de police) étaient derrière les début d’échauffourées afin de justifier les répressions policières ainsi que les budgets astronomiques dilapidés lors de ces évènements, prétextant la sécurité et autres balivernes! Ce qui a été confirmé hors de tout doute lors du sommet de Montebello en 2007. Je ne suis pas en train de dire certains actes de violences et de vandalismes ne sont pas commis par d’autres groupes de manifestants, mais règle générale, les affrontements débutent à peu près toujours de la même manière : soit par des agents infiltrés dans les manifs, soit par des provocations directes par les forces policières elles-mêmes.

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