Le stationnement souterrain

Par Renaud Pilote
Publié le 14 septembre 2017
Dessin Marc Boutin

Rien de bien bucolique ici, c’est le moins qu’on puisse dire. Pour y entrer, la clé des champs ne sert à rien, il faut plutôt présenter une carte de crédit à une boîte en métal, gardienne de l’antre. La barrière à peine retombée derrière nous, une part de soi abandonnera toute espérance de revoir la lumière du jour alors que nous commençons la descente tourbillonnante dans les entrailles du gratte-ciel, jusqu’au (peut-être) septième sous-sol. Tandis qu’au sommet, des badauds observent la ville s’étalant à leurs pieds, nous nous efforçons de dénicher un espace libre, espérant éviter une rencontre avec une tortue ninja ou, pire, une meute de manifestants à bandanas attendant pieusement l’aval de la police pour sortir au grand air. Au détour d’une colonne carrée, on déniche une trouée, coincée entre deux gros pick-up et bordée par une flaque d’eau aux proportions texanes. Pas le meilleur spot, mais bon, notre char n’est pas trop regardant sur le voisinage.

Même dans un stationnement plein à craquer, un écho caractéristique surgit quand on referme la portière. Le tintement des clés aussi, apparaît amplifié. « Ainsi sonne le glas » pensons-nous, mal à l’aise. Cela crée une tension de type film de gangster, avec au loin un bruit de talons qui claquent sur le pavé. On ne serait pas surpris de trouver un cadavre en morceaux dans notre coffre arrière si on l’ouvrait. Mais pour le moment, on se sent dans une sorte d’apnée (comme l’air semble vicié, on respire effectivement le moins possible) et c’est avec une hâte voisine de la panique que l’on tâchera de localiser l’escalier de sortie le plus proche. En moins de temps qu’il ne le faut pour dire antidémarreur, nous voilà remontés à la surface, prêts à vaquer à ces affaires capitales justifiant d’être venu en automobile jusqu’au centre-ville sans l’ombre d’une vergogne.

Une fois sortis, cette réflexion : mais qu’est-ce qui s’est passé au juste ? Une tranche de vie, un moment vite bâclé, pas l’ombre d’une anecdote. Le stationnement souterrain est l’exemple parfait de ces lieux de transit qu’il faut rapidement oublier si l’accession au bonheur nous importe un tant soit peu. Probablement aucune demande en mariage n’a jamais été formulée là et c’est parfait ainsi. Le jour où l’instinct nous intimant de déguerpir de ces bunkers suintants ne provoquera en nous qu’un haussement d’épaule, le jour où nous nous dirons qu’on est mieux ici, à la clim, qu’au gros soleil, et qu’au moins, ici, il y a le wifi : ce jour-là le monde sera pour de bon désenchanté et il faudra lâcher prise sur tout le reste. Non, vraiment, il est primordial de trouver exécrable le stationnement souterrain. Il en va de notre santé mentale.

Ainsi donc, je me dois de dire que dans ma vie, j’ai visité un petit nombre de ces horreurs et que, chaque fois, j’ai détesté mon expérience. On ne pourra jamais trop insister là-dessus. En conclusion, je suis pour la tolérance, le positivisme, voire même la charité chrétienne, mais pas au détriment de ma haine envers les stationnements souterrains.

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