Contre la pollution: Maizerets s’organise

Publié le 3 février 2017
AIM, entreprise de recyclage de métaux, boulevard Montmorency. Photo – Lynda Forgues

Par Lynda Forgues

Au début janvier, lassés par l’inaction de la Ville face à la pollution, des citoyens du quartier Maizerets publiaient un rapport contre la pollution d’AIM (American & Iron Metal) et pressaient Québec d’agir. Poussières de métal, bruit excessif, baisse de qualité de vie, une enquête a fait état d’un véritable problème de santé publique. Droit de parole a rencontré Marcel Paré, un citoyen engagé qui a signé le communiqué de presse du 9 janvier.

Droit acquis de polluer?

AIM est un pollueur de différentes façons, par le rejet de poussières métalliques et par la pollution sonore. Cette usine de récupération de métaux jouit, selon la Ville, de droits acquis. En effet, en 2003, cette entreprise a obtenu de la Ville un permis d’entreposage de métaux, afin de pouvoir s’installer en plein cœur d’un quartier résidentiel. Mais rapidement ils se sont mis à faire de la transformation, du découpage de métaux, tel que décrit sur la fiche des entreprises du journal Les Affaires: «Elle se spécialise dans la récupération des sous-produits de la ferraille et leur recyclage en de précieuses matières premières. L’entreprise… approvisionne l’ensemble de l’industrie en métaux: elle récupère, trie, pèse, conditionne et recycle les métaux ferreux comme le fer et l’acier et les métaux non ferreux, comme le cuivre, l’aluminium, l’acier inoxydable et une foule d’autres alliages.»

Marcel Paré

Comme dit Monsieur Paré: «C’est ce que la Ville et ses représentantes appellent «un droit acquis», un droit de nuisance, un droit de polluer.» Les citoyens du quartier ne veulent pas nécessairement le départ de cette entreprise, mais ils considèrent qu’il faut forcer l’entreprise à respecter son permis de départ, qui en était un d’entreposage seulement.

AIM, pas le seul irritant dans le quartier

Le conseil de quartier de Maizerets n’a pas que l’entreprise AIM à se soucier: l’incinérateur de Québec, implanté au cœur de Limoilou, avec ses fréquents dépassements d’émissions toxiques; le Port de Québec, dont les activités toxiques ont nécessité la formation d’un comité de vigilance citoyenne, la papeterie White Birch, la circulation automobile qui contribue à ramener dans l’air les pollutions émises par les différents acteurs. Ils sont tous des agents pollueurs. Mais les pollutions de cette usine de recyclage sont facilement identifiables, tant par le bruit, que par les poussières particulières qui ne sont ni du bois, ni des fumées malodorantes.

Une future usine de biométhanisation en plus ?

Dans l’état actuel de la qualité de l’air, selon des études du port de Québec, pour les particules en suspension dans l’air, on en est à 94% du maximum souhaitable. Le Port prévoit atteindre le maximum acceptable en 2020. Et d’ici là, on va sursaturer le quartier qui sera pris dans la construction. En effet, la construction est une cause majeure de pollution: le méga hôpital, (début des travaux prévu en 2017, construction devant durer 8 ans), le projet Beauport 2020 (construction devant durer 5 ans), et l’usine de biométhanisation (construction devant s’échelonner de 2019 à 2021). L’usine de biométhanisation, c’est une bonne idée, mais dans quel quartier est-ce que la Ville va la construire? Pas à Cap-rouge, ni dans un secteur industriel… non, juste à côté de AIM. Serait-ce pour diluer la pollution existante dans encore plus de pollution? Les gens du secteur, eux, commencent à s’impatienter.

Une question de santé publique

Dès mai 2016, des discussions avec l’entreprise AIM ont été prévues par la Ville, mais le Conseil de quartier a décidé que sa voix avait besoin de s’appuyer sur une documentation solide basée sur un portrait de la situation; il a alors mandaté Marcel Paré, qui avait été membre de son CA, pour préparer une étude auprès de 175 foyers touchés directement par la pollution d’AIM. Après la sortie du rapport début janvier, la Ville, par l’entremise de ses conseillères, a protesté qu’elle avait essayé toutes sortes de mesures pour discipliner l’entreprise… sans succès. De plus, la Ville a promis des arbres autour de l’usine pour 2017. M. Paré répond qu’il n’y a jamais assez d’arbres. On ne peut s’opposer à la plantation d’arbres matures, mais est-ce vraiment efficace? Et surtout, est-ce suffisant? Comme il le dit: «il faut s’attaquer aux causes de la pollution, pas aux effets! En dépit des nombreux appels à l’aide lancés à la Ville, ce problème de santé publique persiste.»

Maintenant que le rapport a été déposé, Marcel Paré lance un appel aux gens du quartier: il faut relancer le processus de plaintes à la Ville, malgré le peu d’écoute qu’ont déploré les citoyennes et citoyens qui sont passés par ces étapes l’an dernier: «Nous demandons aux gens de porter plainte à la Ville s’il y a des inconvénients, des inconforts, des poussières, des bruits, tout en en faisant part sur la page Facebook du Conseil de quartier de Maizerets.»

La force des sous-comités du Conseil de quartier de Maizerets

Marcel Paré tient à souligner ce que la mobilisation citoyenne apporte: «Si les citoyens participent à ce genre de projet, ils acquièrent beaucoup d’expérience, ils réfléchissent à leur quartier, ensemble on peut trouver des solutions, on partage et on apprend. Il y a des gains à faire. » Plusieurs sous-comités existent dans ce Conseil de quartier très actif, qui tient de multiples assemblées publiques sur la qualité de vie du quartier, la pollution, l’aménagement urbain, la circulation automobile, ainsi de suite.

Peut-on croire Régis Labeaume?

Le 16 janvier dernier, Labeaume déclarait que si l’agrandissement du Port de Québec avait des conséquences négatives pour les gens de Limoilou, il allait «défendre les gens de Limoilou avant l’agrandissement du Port. » En 2013, l’année des élections municipales, le maire faisait son matamore face au Port, en dénonçant le manque de consultation populaire. L’année suivante, une fois élu, son discours changeait considérablement, et les affreux dômes à granules étaient déjà acceptables (quoi qu’ils furent érigés en pleine nuit, doit-on le rappeler ?) En 2014, Labeaume, devenait confiant face à l’administration portuaire, malgré que le BAPE fût écarté du dossier. En 2015, il projetait le déménagement du marché du Vieux-Port. En 2016, le maire se montrait surtout inquiet de ne pas voir arriver l’argent du fédéral pour l’agrandissement du Port.

Les gens de Maizerets ne peuvent donc pas attendre l’action de l’administration municipale en matière de pollution et de santé publique. Mais ils ont la force de leur action citoyenne et de la pression populaire qu’ils peuvent exercer.

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