Droit de manifester- Le chef de police tire sa révérence : changement de garde ?

Publié le 5 décembre 2016

logo-allo-policePar Lynda Forgues

 

 
Il y a quatre ans déjà, six mois même avant Montréal, le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) se dotait d’un camion blindé tactique Thunder 1, supposé servir pour la répression des manifestations, comme celles qui ont animé la capitale au printemps 2012. Est-il nécessaire de rajouter que ce véhicule militaire, payé un demi-million de dollars, n’a jamais servi ? Et que pour l’empêcher de rouiller, on le promène parfois aux petites heures de la nuit dans les rues tranquilles? Somme toute, cette dépense somptuaire, c’était un autre mauvais coup conjugué du SPVQ et de la Ville de Québec.

Nous apprenions récemment que Michel Desgagné, le chef du SPVQ en fonction depuis cinq ans, prend sa retraite à la fin de l’année. Il a fait un court bilan de sa carrière devant les caméras, et à propos du printemps 2012 et de la forte répression des manifestations, voici ce qu’il avait à dire : « Je pense qu’on l’a géré de la bonne façon ».

Ce n’est pas la première fois que Michel Desgagné utilise l’expression : de la bonne façon. Déjà, en 2012, après des acquittements de manifestants prononcés par un juge, le chef de police expliquait à une émission de radio parlée : « Et même si tous ces gens-là étaient acquittés, ça ne veut pas dire qu’on ne répétera pas la même chose dans une autre circonstance. Moi, à mon avis, notre travail est fait de la bonne façon ».

Michel Desgagné a souvent fait des déclarations aux journalistes au cours des années pour tenter d’expliquer et de justifier les comportements de ses agents, ou les abus de son service. Après l’adoption de la loi spéciale 78, en mai 2012, des arrestations étaient faites en vertu de cette loi, mais les contraventions remises l’étaient encore et toujours pour infraction au 500.1 du Code de la sécurité routière; pour expliquer cette bizarrerie, Michel Desgagné affirmait à un journaliste du Soleil que la police « n’applique jamais les lois à la lettre. On y va avec notre tolérance, avec notre pouvoir discrétionnaire ».

La tolérance du SPVQ

Ce n’est pas seulement pour 2012 que la Ville et son service de police peuvent faire un bilan déplorable en matière du respect du droit de manifester. Le vidéaste Moise Marcoux-Chabot, qui a documenté largement le printemps 2012, ses actions et la répression policière dans plusieurs villes, s’exprime en ces mots au sujet du SPVQ : « La tolérance de ce même corps policier semble frôler le zéro… »

Il y a près de deux ans, Michel Desgagné déclarait sur les ondes d’une radio populiste très antipathique aux manifestations, que la police reconnaissait à tout le monde le droit de manifester. Cependant, selon les enquêtes de la Ligue des droits et libertés, ce n’est pas ce qui est reconnu par la population.

Pour ce chef de police, la répression a toujours été un système dissuasif : « Ils payent pour ce qu’ils ont fait. Mais si ça peut servir à en dissuader d’autres ». Pour ce chef de police, une partie de son travail était de mettre des limites au droit de manifester des gens à Québec.

Profilage politique à Québec

Ce corps policier dirigé par Michel Desgagné s’est ainsi valu une cause historique : le profilage politique est reconnu pour la première fois, au Québec — et peut-être même au Canada — alors que le Tribunal des droits de la Personne va juger un cas de discrimination liée aux convictions politiques de personnes arrêtées, le 27 avril 2012. Après une enquête de plus de deux ans, la Commission des droits de la personne et de la jeunesse (CDPJ) a tranché que la seule raison de l’arrestation de ces 81 personnes était le port du carré rouge. Bonne gestion, ça ?

À cette occasion, la CDPJ proposait aussi que les dirigeants du SPVQ suivent une formation sur « l’exercice de la liberté d’expression des manifestants dans un endroit public ». On peut se demander si le successeur de Michel Desgagné, M. Robert Pigeon, pourrait apprendre quelque chose d’un cours ou d’une conférence sur le droit de manifester. Il était le directeur-adjoint au SPVQ depuis l’été 2015, ce qui n’a pas empêché ce service de police de durcir encore ses méthodes à l’endroit de manifestations pacifiques ayant fourni leur itinéraire, comme celle du 30 septembre au port de Québec, qui fut interdite par la police.

Toute cette répression, malgré les acquittements, et les poursuites gagnées contre la Ville, est-ce vraiment utile ? Et oui, il y a eu en effet un acquittement total de toutes les contraventions 500.1 distribuées entre 2012 et 2015. Toutes sans exception. Aussi inutile et coûteux qu’un blindé destiné à intimider…

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