Épopée, Odyssée …

Publié le 20 octobre 2016

SIGNATURE MALCOLMPar Malcolm Reid

Québec a toujours été une ville de mots écrits. Parce que les prêtres écrivaient ? Bien sûr. Les chanoines, les évêques… Oui, mais aussi parce que Champlain écrivait. Parce qu’il a raconté ses explorations devant un public lecteur en Europe, et devant les quelques citoyens d’ici qui pouvaient, qui voulaient, le lire.

La Nouvelle-France n’avait pas de journal. Dans les temps modernes, une situation de presse compliquée semble être la règle dans cette ville. Quand je suis arrivé, il y avait quatre journaux quotidiens, chaque matin, dans les kiosques. L’Action catholique, L’Événement-Journal, The Quebec Chronicle-Telegraph, Le Soleil. Les journaux montréalais venaient tous ici, aussi, tu peux être sûr. Et le Globe and Mail, de Toronto.

Quand nous nous sommes installés dans la ville en 1969, Réjeanne et moi (ai-je oublié de parler de Réjeanne dans la chronique Vivre ? je corrige !), c’était à cause du Globe. Pour que je puisse travailler comme correspondant du Globe. Saint-Jean-Baptiste est situé près du parlement — ainsi j’ai découvert mon quartier en même temps. Et, à partir de ce quartier, j’ai écrit sur la Crise d’octobre, en 1970. J’ai écrit sur les arrestations dans les groupes populaires. Et, en 1976, j’ai écrit sur la grande victoire indépendantiste.

Bientôt j’étais pigiste.

Connaissez-vous le terme ? Cela veut dire un chevalier qui tient une lance qui est libre. Un freelance, qui écrit dans beaucoup de revues. Ma liste est longue. La revue Last Post, et la revue Saturday Night. J’ai eu beaucoup de plaisir dans ces deux revues — l’une de la nouvelle-gauche, l’autre de l’establishment torontois. (Un pigiste pige.) J’ai eu du fun, aussi, dans les pages culturelles du Devoir. Et dans le lointain Vancouver Sun, j’ai tenu la chronique Life in Québec.

Oui, un pigiste pige.dessin-malcolm

En 1974, quand Droit de parole fut fondé, j’étais entouré du cercle, de la coterie, de la gang, qui créait le journal. Réjeanne travaillait dans l’édifice où il avait ses bureaux. Mes premiers articles étaient dans quelquesuns des premiers numéros. Et mes croquis et bandes dessinées aussi — peut-être vous rappelez-vous de Don Quichotte 1984 ? Je plagiais Cervantès, et Orwell, et Robert Crumb… mais il y avait du Malcolm aussi, dans cette BD.

QUÉBEC ! Cette ville… comment est-elle ? Moi, j’ai toujours trouvé la ville très actuelle. Les vieilles pierres n’étaient qu‘un background pour les nouvelles idées. Mais, « Action catholique », « Événement-Journal »: dans ce temps-là, où était la presse de gauche ? Nulle part. On innovait en fondant Droit de parole, notre survie et nos combats ont changé la ville. Qui aurait pensé que ça durerait 44 ans ?

Au début, il était très amateur et très brouillon. Sa partisanerie était crue… mais rafraîchissante, je pense. Le journal a eu deux grands moments de réforme. Vers 1990, une cohorte de jeunes radicaux sont arrivés de Montréal et se sont plongés dans les mouvements populaires. Ils ont ajouté du tonus à Droit de parole. C’est signalé par une austère beauté graphique signée Nicolas Calvé. (Pendant ce temps, je publiais, avec des amis, ma propre revue : Abraham, que nous appelions «Le journal du village global».) Vers 2008, Richard Amiot est devenu rédacteur en chef de Droit de parole. Il y a inculqué un esprit plus journalistique, et un style graphique simplifié. Le style que nous avons encore aujourd’hui. Il y a de l’épopée dans tout ça.

Ma période la plus intense à Droit de parole, c’est ce nouveau siècle. C’est l’époque de Vivre. À cette époque, nous sommes dans une gauche qui a beaucoup changé. Elle parle maintenant de mouvement gai, de Premières Nations, de diversité de couleurs et de religions… De littérature, chanson, théâtre… de culture numérique. Toujours avec la justice sociale au cœur. Pour faire un autre quarante-quatre ans ? Je pense que Droit de parole a à découvrir ces mondes. Les embrasser, les aimer, les vivre.

La presse alternative de Québec, si pauvre en 1974, est riche maintenant. Immigrants de la Capitale suit les communautés culturelles; La Quête suit l’itinérance et la rue; Bazaart suit les arts et les lettres; La Soupe aux Cailloux raconte la gauche chrétienne. Sortie défend la cause gaie, La conspiration dépressionniste et Le mouton noir brassent drôlement la cage, Impact-Campus est toujours là, sur le campus.

Nous pouvons apprendre d’eux, dialoguer avec eux. Nous pouvons être le généraliste qui écoute ces particularités. Qui sonne toujours la note de justice sociale qu’elles contiennent.

Droit de parole, en s’étoffant, en ajoutant couleurs, débats philosophiques, audaces typographiques, peut s’élargir. L’Aut’Journal est la grande survivante de la presse de gauche québécoise; comme nous, il peine à sortir de sa tonalité « Années 1970 ». Rabble et Presse-toi à gauche sont les pionniers de notre mouvement sur le Web. Ils sont des importants forums. Mais Québec est vif et cosmopolite aujourd’hui. Une voix de gauche de cette ville pourrait être écoutée à travers le Québec. À travers le Canada.

ET MAINTENANT, c’est l’homme-au-chapeau de la chronique Vivre qui parle.

Moi, mon odyssée m’amène ailleurs, maintenant. J’ai une autobiographie à écrire, un blog que je veux établir. Il y a des peintures dans ma tête que je veux mettre sur toile.

Je dis un grand « salut » à vous, mes lectrices, mes lecteurs. Je dis un énorme merci à mes camarades de Droit de parole. À Nathalie, ma rédac-en-chef. À Lynda, à Pierre, à Marc.

Je dis : À tantôt.

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