Forum citoyen Ile d’Orléans Des informations qui portent à agir

Publié le 16 juin 2016
Forum Énergie-Est: impacts et enjeux, à l'île d'Orléans, le 29 mai dernier.
Forum Énergie-Est: impacts et enjeux, à l’île d’Orléans, le 29 mai dernier.

Par Donald Kellough

C’était par un après-midi bruineux, mais embaumé de pommiers en fleurs, que le groupe citoyen STOP oléoduc Île d’Orléans a rassemblé, le dimanche 29 mai dernier à Saint-Pierre, plus de 60 personnes à l’occasion de son forum « Énergie Est : impacts et enjeux ». Venus de l’île ou de la grande région de Québec, les participants ont profité de cet événement pour approfondir leur compréhension du dossier complexe de ce projet de pipeline et pour y puiser l’inspiration requise pour poursuivre la lutte contre l’exploitation des hydrocarbures de l’Ouest et leur transport au Québec, par bateau, par train et – évidemment – par oléoduc.

Ce que le BAPE a révélé

Le programme, robuste, comprenait quatre conférences aux optiques variées, suivies d’un panel de discussion assorti d’échanges avec le public. Pour commencer, Carole Dupuis, coordonnatrice générale et porte-parole du Regroupement Vigilance Hydrocarbures Québec, a dressé un portrait, d’une rare globalité, de la situation du Québec relativement au « maelström » pétrolier et gazier actuel – tant sur le plan environnemental et politique que sur celui, moins bien connu, de l’économie. Au passage, elle a relevé trois « surprises » révélées par les audiences du BAPE au sujet d’Énergie Est, suspendues il y a près d’un mois : 1) une fois terminé, le pipeline devrait transporter du pétrole américain en plus du pétrole venant de l’Ouest canadien; 2) le tracé proposé aurait été conçu pour permettre un raccordement aux installations de Suncor dans l’est de Montréal; et 3) un projet de port pétrolier dans le Saint-Laurent serait toujours dans les cartons de TransCanada en dépit de l’abandon d’une installation de transbordement à Cacouna.

Toujours plus de wagons-citernes

Pour sa part, Émilien Pelletier, professeur en océanographie chimique à l’Institut des sciences de la mer de Rimouski (UQAR), a abordé les enjeux environnementaux du transport du pétrole vers l’est du Canada. « Le diable se cache dans les détails », dit-on de nos jours, comme en fait foi cet exemple tiré de sa conférence : une fois le port pétrolier de Belledune (NB) terminé, ce sera 240 wagons-citernes supplémentaires qui, chaque jour, sillonneront le Québec avec du pétrole de l’Ouest canadien et du Dakota du Nord; de ce fait, les trains traverseront la rivière Matapédia pas moins de cinq fois sur des ponts d’une certaine vétusté et qui n’ont jamais été conçus pour soutenir une charge si considérable.

Gérard Jean, maire de Lanoraie, a livré un vibrant témoignage concernant l’importance de la mobilisation citoyenne face à TransCanada. Plusieurs leçons ressortent de son récit des événements qui ont mené à l’adoption par le conseil municipal d’une résolution du refus « catégorique et énergique » du passage de l’oléoduc sur le territoire de sa municipalité. En tout premier lieu, les citoyens doivent faire part de leurs préoccupations aux élus locaux et, au besoin, demander pourquoi ces derniers ne peuvent pas prendre position dans le dossier du pipeline Énergie Est.

Le rôle des groupes citoyens

Fort de ses 34 ans de lutte environnementale et d’éducation populaire, André Bélisle, président de l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), alternait habilement la rétrospective et la prospective. Citant des victoires dans les dossiers des pluies acides et du gaz de schiste, entre autres, monsieur Belisle soulignait le rôle crucial joué par les citoyens dans l’issue des batailles politiques aux allures de David contre Goliath. Les efforts de sensibilisation et de mobilisation des dernières décennies ont porté fruit, de telle sorte que la population a désormais les moyens d’assumer son rôle de garde-fou contre l’actuel projet pharaonique de TransCanada.

Par la richesse de leur analyse ou de leur témoignage, les conférenciers ont apporté des éclairages approfondis et complémentaires sur les risques et impacts prévisibles du projet du pipeline, tout en montrant de façon convaincante que le dernier mot dans ce dossier reviendra aux citoyens. À en juger par l’accueil enthousiaste que les diverses interventions ont reçu de la part des participants au forum, l’appel à la mobilisation a été très bien entendu !

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