Le Rassemblement populaire: Genèse d'une opposition crédible

Publié le 10 mars 2016
Une affiche produite par le RP en 1977, symbolisant le pouvoir à abattre de l'époque: Le progrès civique.
Une affiche produite par le RP en 1977, symbolisant le pouvoir à abattre de l’époque: Le progrès civique.

Par Marc Boutin

De la publication de l’étude EZOP Une Ville à vendre en 1972, à la prise du pouvoir en 1989, il aura fallu dix sept ans de gestation au parti du Rassemblement populaire (RP) avant de déloger un parti de droite qui paraissait omnipuissant à l’hôtel de Ville de Québec. Si le RP a réussi sa lente montée vers le pouvoir, c’est d’abord sur la base d’un enracinement solide dans le milieu populaire mais aussi par la mise au point et la défense d’un programme progressiste, un programme original et radicalement différent que celui que défendait le Progrès civique au pouvoir, le parti des maires Gilles Lamontagne et Jean Pelletier.

L’importance du mouvement populaire

Le RP est né à l’ étage du 570 rue du Roi, au coeur de Saint-Roch dans les bureaux de l’Association coopérative d’économie familiale de Québec (ACEF). Au rez-de-chaussée, le Comité de l’aire-10, un comité des citoyens des plus combatifs et au sous-sol, Ciné Vidéobec, un groupe militant à l’avant-garde des nouvelles technologies médiatiques. L’ACEF de Québec ratisse large à l’époque. En 1974, le groupe a des contacts serrés avec le milieu syndical, avec les cellules les plus progressistes de l’Université Laval et, en tant que membre fondateur du Fonds de solidarité des groupes populaires, il est un des piliers du Mouvement populaire de Québec. L’ACEF a des antennes dans les comités de citoyens du centre-ville et donc avec les militants de gauche de tous les quartiers. C’est dans ce vaste entourage que le RP puise ses premiers militants. Le parti est officiellement lancé au Centre Durocher de Saint-Sauveur le 31 janvier 1977 et, fort de ses 300 membres, il tient un premier congrès le 17 juin suivant. À partir de cette date, l’objectif est de participer aux élections et, par rapport au mouvement populaire, le parti vole de ses propres ailes. Mais le contact — le R.P. tient deux congrès par année — sera maintenu auprès des groupes, des comités de citoyens et des militants progressistes au long des années 1980 et même après la prise de pouvoir. Ce modus vivendi n’exclut pas un certain nombres de frictions avec la base initiale du parti (surtout après 1989), mais le contact ne sera jamais véritablement rompu avec l’ensemble du mouvement.

Le programme

Fort de cet enracinement, le RP crée un programme basé d’abord sur le citoyen et la qualité de vie dans les quartiers. En cela, il s’oppose aux visées du pouvoir en place qui en a surtout pour les autoroutes, l’industrie touristique et le développement immobilier d’envergure, développement qui souvent va de pair avec les démolitions résidentielles d’envergure. Le RP donne priorité au transport en commun plutôt qu’à l’automobile et aux autoroutes. Le programme du parti prévoit même la mise en place d’un train de banlieue entre Québec et Saint-Raymond. Mais le point le plus original du programme concerne la démocratie participative. On prend exemple sur la ville de Bologne pour proposer la mise en place de conseils de quartier, un élément novateur et controversé à l’époque. Malgré des résistances (même à l’interne, venant de la proche banlieue), les militants les plus progressistes du parti ont maintenu la pression pour conserver les conseils de quartier dans le programme, bien qu’ils aient dû en arriver à un compromis : de décisionnels, les conseils de quartiers sont devenus consultatifs.

Somme toute

Dans l’opinion publique, le RP aura réussi à se démarquer complètement du pouvoir en place en portant fièrement son label de gauche. Par son originalité et son progressisme, il a réussi à l’élection de 1989, à augmenter de 10% la participation habituelle au scrutin et donc à intéresser près de 15 000 nouvelles personnes à la politique municipale. Le fait que ces personnes aient voté pour la première fois a certes contribué à la victoire.

Dans son ascension vers le pouvoir, le RP a récupéré à son profit une bonne part de la vigueur du mouvement populaire, mouvement qui n’a plus aujourd’hui la force de frappe des années 1970. En revanche, et malgré certains dossiers ratés comme celui du Patro Saint-Vincentde- Paul, le RP a contribué à certaines victoires populaires comme la relance économique du quartier Saint-Roch, la construction de la coop l’Escalier à l’Îlot Berthelot, la naturalisation de la rivière Saint-Charles, la fin du mur de la honte du boulevard René-Levesque et la mise en place du service Métrobus. Le Rassemblement populaire

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