La démocratie directe : pour une société plus juste

Publié le 12 novembre 2015
Photo : structure de métal au milieu de la place où était Occupons Québec. Bannière: Ils n'étaient grands 99 % que parce que nous étions à genoux.
Photo de nuit du campement en 2011. Bannière « Ils n’étaient grands 99 % que parce que nous étions à genoux.»

Par Marie-Hélène Boucher

Les coupes incessantes dans les services ne cessent de s’accroître ces derniers temps au Québec. Ces mesures plus connues sous le nom d’austérité touchent aussi présentement une multitude de pays. Ces coupes ne sont pas le résultat du coût trop élevé des services publics comme le gouvernement voudrait nous le faire croire, mais bien le résultat de la montée en force de la puissance des multinationales, des grandes entreprises et du secteur financier avec qui nos gouvernants ont souvent des liens étroits. Par exemple, la compagnie privée Bombardier est maintenue artificiellement en vie grâce à l’argent des contribuables que le gouvernement lui accorde depuis déjà plusieurs années. Il y a quelques jours le gouvernement de Philippe Couillard a versé à cette entreprise 1,3 milliard de dollars.

La démocratie directe

Donc, il convient de dire que la démocratie représentative dans l’état où elle se trouve sert d’abord les intérêts de ces puissances économiques. Les gens ne sont consultés que dans le but d’élire leurs représentants tous les quatre ans, et ces derniers ne sont nullement tenus de respecter les engagements qu’ils ont promis. Des groupes ou partis comme Québec solidaire, Occupons Québec et l’ASSÉ critiquent justement le système politique en place et proposent de le remplacer par la démocratie directe au niveau des municipalités ce qui veut dire que le peuple pourrait avoir un véritable pouvoir décisionnel.

Cela existe déjà présentement dans certains pays du monde comme au Brésil, dans la municipalité de Porto Alegre. Ce processus, qui dure depuis 25 ans, a eu pour résultat de faire diminuer considérablement les inégalités économiques et la corruption dans cette ville. Ce type de gestion de l’économie s’est ensuite propagé dans de nombreux pays d’Amérique latine depuis peu et des résultats similaires ont pu être observés. Récemment en 2014, la ville de Paris a mis en place un tel budget. Cela semble bénéfique jusqu’à présent, mais ce n’est que 5 % du budget de cette ville qui est ainsi géré.

Occupons Québec, en 2011

Le mouvement Occupons Québec, qui fit son apparition en 2011 dans la mouvance Occupy, pour critiquer la corruption des gouvernants en créant des campements autogérés, pouvait aussi être considéré comme une expérience de démocratie directe. Des espaces avaient été créés pour discuter de politique et les diverses propositions sur une multitude de sujets étaient votées en assemblées en suivant les principes de la démocratie directe. Donc, tout le monde pouvait faire valoir son opinion.

D’où vient cette idée ?

Cette expérience se rapproche des idées développées par le théoricien politique Murray Bookchin pour qui la démocratie directe serait la solution pour mettre fin aux inégalités inhérentes au système politique actuel et permettrait l’émergence d’une véritable démocratie. Selon ce système, les gens auraient le droit de faire valoir leur opinion dans des assemblées de quartiers. Ensuite, un délégué du quartier serait chargé de rapporter les décisions à un conseil desservant un plus vaste territoire si la décision prise par le quartier concerne un territoire autre que le quartier lui-même, comme la ville entière, ou alors relève du niveau national.

Le mouvement libertaire durant la révolution espagnole fonctionnait sur ce principe et cela avait permis d’instaurer, dans plusieurs villes d’Espagne de 1936 à 1939, un régime égalitaire qui fonctionnait bien sur le plan économique et politique, mais Franco, l’allié d’Hitler, élimina pratiquement ce mouvement. De plus, la démocratie directe a aussi fait ses preuves en Nouvelle-Angleterre, une région particulièrement progressiste aux États Unis. Depuis la révolution américaine et même avant, il existe des assemblées dans les villages et villes où les gens peuvent s’exprimer librement. Il s’agit d’un des vecteurs de l’esprit révolutionnaire qui mena à la Révolution américaine.

L’ASSÉ et la démocratie

L’ASSÉ est une organisation qui milite pour que l’éducation publique soit accessible à tous et pour la justice sociale, fonctionne justement sur ce principe de la démocratie directe. Cette organisation regroupe de nombreuses associations étudiantes de partout au Québec, dont des assos à l’Université Laval. Les membres de ces associations régionales se regroupent en assemblées où tout le monde a droit de parole. Des votes sont ensuite effectués par ces assemblées et les décisions prises sont rapportées par un délégué au conseil central ou au congrès qui doit les mettre en application au niveau du conseil exécutif. Certains diront que ces méthodes sont inefficaces, mais les évènements de 2012 montrent que la CLASSE, le comité spécial de l’ASSÉ formé à l’occasion de la grève étudiante de 2012, était une des organisations les mieux préparées à affronter le gouvernement dans cette lutte.

Pour plus d’efficacité

Donc, il faudrait créer un rapport de force plus efficace face au pouvoir, pour ainsi instaurer une société plus juste. Cependant, pour cela, il faut chercher à sensibiliser le plus de gens possible pour faire connaître l’expérience de la démocratie directe en vue de créer un mouvement qui revendiquerait activement une plus grande place pour des mesures de démocratie directe à Québec.

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