Coopérative Méduse : victoire d’une opposition citoyenne

Publié le 22 septembre 2015
Bâtiments sur la côte d'Abraham en1964, devenue aujourd'hui la coopérative Méduse.  photo courtoisie
Bâtiments sur la côte d’Abraham en1964, devenue aujourd’hui la coopérative Méduse.
photo courtoisie

Par Étienne Lantier

La coopérative Méduse fête ses 20 ans. Méduse est un quartier général regroupant des artistes de tous les horizons, situé sur la côte d’Abraham, à Québec. Il est utile de rappeler le contexte dans lequel Méduse est apparue. La coopérative est issue d’une lutte citoyenne acharnée pour sauver un pâté de maisons destiné à être raser.

La Grande Place

En 1970, c’est la Révolution tranquille. L’État est au sommet de sa puissance. Il lance la rénovation urbaine, un large chantier visant à raser les quartiers populaires pour bâtir des autoroutes, des condos et des bureaux. Saint-Roch a droit au traitement extra sauce. Un immense secteur, appelé la Zone 2, au sud du boulevard Charest, est rasé. La Ville souhaite y construire un centre d’achat hautement subventionné. Le projet est massif. La Grande Place empiète sur la côte d’Abraham. On souhaite y faciliter les déplacements entre la haute-ville et la basse-ville. On menace de tout raser. Le promoteur de la Grande Place met le feu aux poudres lorsqu’il affirme, en parlant des maisons de la côte d’Abraham : «Ces constructions sont usées jusqu’à la corde, sont tout bonnement  » pourries  », donc irrécupérables. Ceux qui s’insurgent contre leur démolition font carrément fausse route». Laurent Gagnon, 30 juin 1986, dans Le Soleil.

Les trouble-fêtes

 

La côte d’Abraham trouve ses défenseurs. Le Comité de sauvegarde de la côte d’Abraham est fondé en novembre 1986. Formé de Réjean Lemoine (alors journaliste à Droit de parole et co-fondateur de la radio CKIA), du curé de Saint-Roch et du Conseil des monuments et sites du Québec. Ils s’opposent à la Grande Place. Trop gros, trop inhumain, pas assez d’habitations. Ils trouvent des arguments dans la sauvegarde du patrimoine. En effet, les maisons de la côte d’Abraham sont uniques. Elles épousent l’inhabituelle configuration de la falaise. Une même maison peut avoir, côté façade, un étage, et derrière, trois étages. Avouez que c’est peu banal. Le Comité de sauvegarde de la Côte d’Abraham offre une résistance de tous les instants aux volontés de la Ville. Le maire est arrogant et autoritaire. Ses opposants et opposantes lui résistent avec détermination.

Ses actions

Le comité multiplie les bâtons dans les roues de la Ville. Il pointe de nombreuses irrégularités, organise des consultations publiques, rappelle que le secteur est classé à l’UNESCO depuis 1985 et fait des contre-propositions, dont une maquette.

Le maire Pelletier ira même jusqu’à interdire une exposition de photos d’époque sur la côte d’Abraham à la bibliothèque Gabrielle-Roy. Cette ingérence couvre le maire de ridicule. Peu à peu, l’opposition prend de l’ampleur. Des architectes, puis des personnalités publiques dénoncent le projet. Bientôt, même la Chambre de commerce de Québec commence à émettre publiquement des doutes. Finalement, la Grande Place devient l’enjeu numéro un lors de la campagne électorale municipale qui portera au pouvoir le Rassemblement populaire, un parti de gauche, en 1989. Réjean Lemoine devient conseiller de Saint-Roch.

La revitalisation de Saint-Roch

Le Rassemblement populaire est élu pour mettre fin au projet de la Grande Place. Il propose un projet alternatif nommé Perspective Espace Saint-Roch, plus modeste, qui comprend un parc. On cite souvent le parc Saint-Roch comme étant à l’origine de la relance de Saint-Roch. On oublie pourtant Méduse, lancée dans la même foulée et inaugurée en 1995. Et puis, Méduse, c’est plus qu’un parc vide six mois par année. C’est des artistes, des créatifs, des êtres humains. Mais même avant, le véritable instigateur de la revitalisation, du parc lui-même, c’est l’îlot Fleurie, dès 1991.

Le Comité de sauvegarde de la Côte d’Abraham a réussi son invraisemblable pari. Des maisons dites insalubres et vouées au bulldozer ont été rescapées in extremis par des militantes et militants intraitables. Méduse est le symbole éclatant de ce que la classe populaire peut obtenir en s’organisant contre le pouvoir. Et après 20 ans, la coopérative garde le cap. Nous pouvons tous et toutes en retirer de la fierté.

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