Jane Ehrhardt : Vivre et chanter à Québec

Publié le 19 juin 2015
Portrait de Jane Ehrhardt par Hélène Matte.
Portrait de Jane Ehrhardt par Hélène Matte.

Par Nathalie Côté

Après 15 ans à Québec et des albums en anglais, Jane Ehrhardt a lancé, ce printemps, son premier album en français. Terminus est un tournant pour l’auteure-compositeure-interprète née au Nouveau-Brunswick. Nous l’avons rencontrée à son local de musique, dans Saint-Sauveur, qu’elle partage avec d’autres musiciens.

Nathalie – En écoutant les chansons de Terminus, on se dit : comme c’est réjouissant que cette artiste vive à Québec ! Pourquoi avoir choisi cette ville ?

Jane – C’est une ville qui est très belle, inspirante et charmante. Moi, je viens de Moncton, ce n’est pas une vieille ville. C’est très inspirant d’être dans une ville qui a une histoire culturelle… et des loyers vraiment pas chers. En tout cas, à l’époque ! Dans les années 2000, c’était moins cher ici que dans d’autres villes au Québec et au Canada. À Québec, aussi, il y a beaucoup d’artistes pas connus pantoute. Il y en a énormément en poésie, en arts visuels. Cette scène artistique, est peut-être mal connue, mais elle est là !

Nathalie – On sent dans tes chansons, un certain regard sur la ville et la vie de bohème.

Jane – Ça se peut… Québec est une ville où on peut avoir une certaine liberté, plus que dans une grande ville. C’est comme un sentiment de village. C’est ce qui est l’fun à Québec, c’est les quartiers centraux qui sont toujours très vivants. Tu peux vivre au centre-ville : aller à pied, chercher ton pain, tes légumes, ta bière. Dans plein de grandes villes, tu dois prendre ton char pour aller faire tes commissions… Cela existe encore les vies de quartiers, c’est tellement précieux. Je pense que c’est propice à développer les communautés artistiques. Les gens sont proches.

Nathalie – Lors de ton spectacle de mai dernier à L’AgitéE, tu as témoigné de ton attachement à cette scène, qui va bientôt disparaitre, où toi et tes musiciens vous vous êtes souvent produits.

Jane – Terminus, ça voulait dire plein de choses. Mais je voyais ça comme la fin d’une certaine époque. C’est vraiment un gros morceau, la fermeture de l’AgitéE. On s’est tous produit là, toute not’gang. C’était un bar pas comme les autres. Les gens qui travaillaient là étaient nos amis. Ils nous ressemblaient. C’étaient dans l’esprit anarchiste. Même si ça avait ses défauts, bien sûr, c’était le fruit d’un genre de fusion utopique. Mais, il y a de moins en moins de monde qui va voir des spectacles. Tout se trouve gratuitement sur internet…

Nathalie – Vous continuez tout de même à faire des spectacles…

Jane – Des fois je me dis, on va peut-être être les derniers à faire ça ou dans les derniers. On a l’impression, en quelque sorte, que cela devient un genre d’art traditionnel qu’il faut conserver. La tendance générale, c’est plus d’aller vers la technologie et les choses virtuelles. Nous, souvent, on a l’impression qu’il faut qu’on garde cette tradition- là parce que c’est important.

Nathalie – C’est ça l’esprit du folk ?

Jane – Même aussi l’esprit du rock. Alors que la tendance c’est la musique faite par ordinateur. Les gens vont corriger avec les ordinateurs pour que ça sonne parfait.

Nathalie – Votre musique est-elle une forme de résistance à la culture dominante et, d’une certaine façon, aux productions plus commerciales ?

Jane – La manière dont on travaille, toute la gang de Québec, on essaie vraiment de faire les choses plus naturelles, plus spontanées. Sur mon dernier album, on a fait le moins de corrections possible. Je sais qu’il y a plusieurs artistes à Québec qui travaillent dans ce sens-là. Faire comme dans les années 60 et 70, quand il n’y avait pas la technologie pour corriger les affaires. C’est ça la musique qu’on aime. On veut retrouver cet esprit-là.

Nathalie – Dans tes textes, dans l’écriture, il y a aussi cette recherche de la spontanéité ?

Jane – J’attends d’être inspirée avant d’écrire les chansons. Terminus, c’est le fruit d’un travail personnel que je faisais sur moi-même. Souvent, pour moi, l’écriture va être le fruit de leçons que j’ai apprises dans ma vie. Faut avoir vécu quelque chose pour écrire…

Nathalie – La chanson Effacer semble avoir été écrite pour consoler quelqu’un qui souffre. Est-ce bien ça ?

Jane – Il fallait que je reparte à zéro, intérieurement. Souvent, on a not’ bagage, mais si tu veux passer à une autre étape dans la vie, il faut en laisser tomber. Il y a aussi la notion de pardon. Tout le monde a des blessures de l’enfance; cette chanson : c’est pas mal ça, se libérer enfin! Nathalie – Tu parles de rupture, ce sont aussi tes premières chansons en français. Est-ce une autre forme de rupture ?

Jane – ça faisait longtemps que je me disais : « je veux faire de quoi en français ». Quand j’ai écrit ces chansons, c’était très vital comme truc. Il fallait que je fasse ça. Je venais juste de sortir un album en anglais deux mois avant. Je n’avais pas de plan, mais j’avais les chansons. Dans mon entourage, les gens m’encourageaient pour le faire, ils trouvaient ça bon. Avec ces chansons, je me sens vraiment plus proche de ce que je suis vraiment. Peut-être plus que dans les autres albums. Je ne renie pas ce que j’ai fait avant! Il y a des bonnes choses! Avec ces chansons en français, j’ai l’impression d’être allée aux sources.

Nathalie – La musique se compose-t-elle différemment sur des textes en français?

Jane – Pour la chanson Terminus, je me suis levée un matin et j’avais cette mélodie dans la tête. J’avais l’idée pour les deux premiers couplets. J’ai sortie mon enregistreuse. Souvent, ce sont des petits bouts de mélodie qui me viennent. Puis, après ça, je vais les retravailler pour trouver une structure : couplets, refrains. Sur mon 3e album, j’ai une chanson là-dessus qui dit : « les mélodies, ce n’est pas moi qui les ai écrites ». Il y a tellement de mélodies… On a tellement écouté de musique, on a plein de mélodies dans la tête, anyway… On ne sait pas trop d’où ça vient…

Nathalie – Est-ce que tu comptes faire encore un autre album en français ?

Jane – Je veux continuer en anglais aussi. J’aimerais ça pouvoir faire les deux. Je vais partir en tournée en Europe en novembre et décembre prochains et je vais chanter en anglais et en français : ça ouvre des portes. Je vais jouer dans de petites salles et dans des spectacles maison. En Europe, c’est la mode en ce moment. J’ai une amie en France qui travaille là-dessus. Les gens passent le chapeau… c’est très sympathique.

Nathalie – Cet été, pourra-t-on te voir en spectacle à Québec ?

Jane – J’vais prendre une pause pour me ressourcer. C’est beaucoup, sortir deux albums en un an. Depuis que j’ai commencé en 2006, je n’ai jamais arrêté. Je joue dans plein de projets. J’ai envie d’arrêter une coup’ de mois. Juste pour prendre une pause. Faire des activités normales! Ça vient que ça consomme toute la vie. Faut que tu travaille à côté, parce que ce n’est pas assez payant. Ça vient que je fais juste travailler tout le temps. Je n’ai pas écrit une chanson depuis un an. Pour être dans un mode de création, il faut avoir une certaine liberté. Il faut être dans un mélange de bohème où t’as pas d’horaire. C’est là que t’écris des chansons. C’est dans une autre partie du cerveau que ça se passe…

Nathalie – Il faut être disponible…

Jane – Il faut que ton esprit puisse aller partout. Ce n’est pas logique pantoute ! Il faut que tu sois comme ouvert à toutes les idées qui passent. Je veux retrouver cet état !

Nathalie – puisque tu ne joues pas cet été à Québec, qu’est-ce que tu conseilles d’aller voir ?

Jane – J’aime beaucoup The Two Birdz, un duo folk. Tout l’hiver, ils voyagent aux États-Unis, ils font des spectacles, du boxing (jouer sur la rue). Ils seront au Festival Off. Il y a aussi le SPOT, au carré Lépine (au 707, rue Saint-Vallier Est). Il va y avoir des spectacles là, gratuits, tout l’été.

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