De bruit et de poussière : la réfection de la place Jacques-Cartier

Publié le 15 mai 2015

Chantier de la place Jacques-Cartierpar Charles Quimper

Trou noir au coin des rues Saint-Joseph et de la Couronne. On y creuse actuellement ce qui sera une tour d’habitation et de stationnement de 60 mètres de hauteur avec des commerces au rez-de-chaussée donnant sur une place publique. Soixante mètres, ça rivalise dangereusement avec l’hôtel Pur, situé juste en face. Plusieurs de ses chambres auront vue sur la tour.


Une nuisance que ce chantier qui durera jusqu’à l’automne 2016, autant pour les commerçants que pour les habitués de la place: vacarme constant, poussière, passage de camions lourds causant bruit et embouteillages. « Le bruit est épouvantable », dit une passante qui circule plusieurs fois par jour dans le secteur. « C’est sûr que les clients se garrochent pas pour aller sur notre terrasse», nous confie un employé d’un commerce adjacent.

Regard vers le passé

L’endroit fut par le passé bien autre chose qu’une source d’irritation. D’abord un marché inauguré en 1847, puis les Halles St-Roch, de 1856 jusque vers 1911, où tout fut détruit par un incendie. On y retrouvait une salle où se tenaient des réunions publiques, des événements littéraires, politiques, des pièces de théâtre. Vint ensuite l’Hôtel Saint-Roch autour des années 1920, un marché public au cours des années 1930, une place avec fontaine dans les années 60, et finalement la Bibliothèque Gabrielle-Roy en 1982, flanquée de l’auditorium Joseph-Lavergne, et une place publique faite de granit et d’herbe, où un homme entre deux âges y nourrissait fréquemment les oiseaux.

 

Erreur d’urbanisme?

Pour Marc Grignon, professeur à l’Université Laval, spécialisé en histoire de l’architecture du Québec du XVIIe au XIXe siècle, et membre du Comité citoyen de Saint Roch, 60 mètres c’est trop haut. Le Comité avait plutôt suggéré un immeuble d’environ neuf étages, moins du double de ce qu’on construit actuellement.

Mais qu’aurait-il pu y avoir au lieu de cette place publique dont nous ne savons rien encore, et de cette immense tour? « Une salle multimédia, en plus du stationnement, voilà ce que proposait le Comité de Citoyens Saint-Roch », répond M. Grignon. « Pour tenter de maintenir une continuité avec le marché et les Halles, l’amphithéâtre maintenant détruit: une salle publique où il aurait pu y avoir des rencontres, des concerts, des expositions…»

Est-ce que cette tour d’habitation sera vue plus tard comme une erreur d’urbanisme, comme le furent les bretelles d’autoroute qui n’allaient nulle part ou le toit du mail Saint-Roch? Si oui, la question demeure: pourquoi dépenser des millions de dollars pour corriger les erreurs du passé pour en répéter de semblables plus tard?
Soixante mètres, ça demeure très haut. Trop haut pour ce secteur. N’y a-t-il pas lieu de se poser des questions sur nos choix collectifs, ou du moins sur ceux de nos élus et de ceux qui les gouvernent, les promoteurs privés?

 

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