Vivre par Malcolm Reid

Publié le 4 février 2015

SIGNATURE MALCOLM

ELLE PARLAIT de son groupe musical, basé à Limoilou. « Nous faisons du countryfolk, » disait-elle.

Moi : « Country-folk ? C’est une étiquette qui s’applique à la musique populaire québécoise ? Je sais que vous vous produisez en français, c’est pour ça que je demande. »

«Oui, ça s’applique, je pense. On chante en français, mais notre style musical c’est country-folk.»

J’avais mon idée, mais je ne l’ai pas sortie tout de suite. La semaine suivante, cependant, l’occasion s’est présentée. Cette fois, j’ai argumenté. N’y aurait-il pas moyen de forger un nom-de-style original, frappant, pour ceux qui chantent en français sur ce continent ? On pourrait pas dire : « Ils font du québécois » ? Elle : « Peut-êêêêêêtre… »

LE STYLE QUÉBÉCOIS, voila une question qui est présente partout dans notre vie. On sait que ça existe, mais comment le définir ? Comment le faire fleurir ? Je suis un chien qui ronge son os, et le style québécois c’est l’os que je ronge. Essayons de l’appliquer à ce qui se passe en France. Charlie Hebdo qui se moque. L’extrémisme islamiste qui se jette du précipice.

Nos reportages québécois sur ces événements — Radio-Canada francophone surtout — étaient à part. Tout ce qui venait de France était bâti autour de l’expression « la République ». Une expression qui n’a rien de sacré ici. Et tout ce qui venait du Canada anglais et des États- Unis, même de la BBC, était purement policier. Les reporters n’ayant aucun sens de la tradition dont Charlie Hebdo était issu, pour eux, le drame culturel manquait. Il s’agissait de « a satirical newspaper ».

Ici c’était différent. Sans rien devoir à la République française, nous feuilletons Charlie Hebdo, La Décroissance, Le Canard enchaîné, de temps en temps. Ils sont dans nos kiosques. Ils ne sont pas l’industrie de magazines de la France, mais ils sont une frange. Une aile gauche.

Ce caractère de gauche n’a pas été souligné, mais c’est la clé. Le magazine massacré était la voix de vieux jeunes trublions de Mai 68. De mauvais-garçons blancs. La France était différente en 1968. Plus blanche, plus Jaurès, plus campée dans ses camps : catholique ou anticléricale, pro-flic ou anti-flic, gaulliste ou gauchiste. Cette gauche blanche, style ’68, n’exprime plus très bien les grands clivages du pays. Le film Indigènes, et le film L’esquive, les avez-vous vus ? Ils expriment ces clivages. Ils viennent d’une nouvelle intelligentsia maghrébine dans le pays. C’est pourquoi j’aurais aimé entendre les commentaires de l’acteur Jamel Debbouze, du réalisateur Abdellatif Kechiche. « Ils sont entre l’arbre et l’écorce », me dit un ami, et il dit vrai. J’aurais aimé voir plus de visages noirs et bruns dans les foules en mouvance.

Le mauvais-garçon-blanc Numéro 1, pour moi, c’était Cabu. Cabu de la ligne rapide et belle. Cabu du «Beauf », délicieux personnage de l’auto-félicitation républicaine. Je pleure pour Cabu. Je l’imagine recevant les balles qu’il a reçues. Et je sais que lui et ses copains n’étaient pas les seuls à mourir brutalement cette semaine-là. Il y en avait sur tous les continents.

DESSIN MALCOLM

LES ÉTATS-UNIS SE ROUVRENT à Cuba! Ils reconnaissent la révolution cubaine, enfin. Après cinquante ans de tête dans le sable ! Ce jour-là, à la mi-décembre, nous nous faisions installer une fournaise électrique dans le sous-sol de notre maison. Nous disions bye-bye au pétrole sale du nord de l’Alberta. Nous étions tout fiers. Et soudain, Obama est apparu à l’écran de notre télévision. Il disait : « Ce blocus a ses origines dans des événements d’avant que nous soyons au monde, la plupart d’entre nous.»«Viens écouter ça, Malcolm ! », a crié Réjeanne.

Donc …

Je brûle de voir Barak et Raúl (et Fidel aussi) fumer un cigare, à La Havane. Et boire un verre de rhum.

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