Lutte écologiste en Fance. Rémi Fraisse: une mort symptomatique

Publié le 15 décembre 2014

remi-fraissePar Pierre Mouterde

Il n’y a pas qu’au Québec que se multiplient les conflits entre défenseurs de l’environnement d’une part, et lobbies économiques et financiers partisans d’un développement économique tout azimut, d’autre part. Tout récemment dans le sud de la France, au cœur du département du Tarn, la mort d’un manifestant écologiste, Rémi Fraisse, tué le 26 octobre dernier d’une grenade offensive lancée par un des membres de la gendarmerie mobile, a longuement défrayé la chronique et mis en évidence comment les préoccupations écologiques sont devenues un enjeu politique majeur.

En fait, cette mort tragique nous rappelle que la défense de l’environnement ne connaît pas de frontières. Et qu’elle obéit toujours, répression à la clef, plus ou moins aux mêmes logiques sociales et politiques. D’autant que l’enquête administrative confiée à l’inspection générale de la gendarmerie française vient de conclure, le 2 décembre dernier, que dans cette affaire aucune « faute professionnelle » n’aurait été commise par les gendarmes. Comme si cette mort n’était de la responsabilité de personne ! Il vaut donc la peine de revenir sur cette histoire.

Pourquoi Rémi Fraisse s’est-il fait tuer ?

Tout simplement parce qu’il manifestait contre l’érection du barrage de Sivens et qu’il militait aux côtés d’un groupe de militants écologistes très actifs et déterminés : le Collectif pour la sauvegarde de la zone humide du Testet. Depuis déjà longtemps, ce collectif rappelait à l’opinion publique l’absurdité foncière d’un tel projet, surtout à le jauger à l’aune des exigences écologistes du 21ième siècle. Pourquoi vouloir créer un lac-barrage de 1,5 millions de m3 d’eau alors qu’on sait que la retenue d’eau ainsi constituée ferait disparaître 12 hectares de zones humides (avec la destruction appréhendée d’espèces protégées) et ne servirait qu’aux intérêts d’une poignée d’agriculteurs adeptes d’une agro-business industrielle dévoreuse d’eau et de systèmes d’irrigation chaque fois plus performants ?

Les enjeux écologiques

Et c’est en tous points semblable à l’autre grand conflit social et écologique qui a secoué l’actualité française, celui de la construction de l’aéroport de Notre Dame des Landes : en face on ne retrouve qu’arrogance hautaine et refus de discuter, et surtout une puissante coalition d’intérêts regroupant dans ce cas-ci agriculteurs, entreprises de construction et édiles politiques régionaux prêts à tout pour parvenir à leur fin, notamment en jouant sur le fait accompli de coupes forestières illégales. Ils ont même refusé de se plier aux conclusions finales de l’enquête publique qui n’avait donné son aval définitif au projet de Sivens qu’à la condition que le Conseil national de la protection de la nature donne un avis favorable. Ce qui ne fut pas le cas, tellement les impacts environnementaux avaient été mal évalués, selon lui. C’est ce déni démocratique, et ce désir de passer outre les inquiétudes légitimes de tant de citoyens, qui expliquent la détermination grandissante des manifestants. Et c’est la volonté obtuse des autorités politiques — d’obédience socialistes ! — de vouloir faire taire toute opposition afin d’éviter un second Notre Dame des Landes qui explique le durcissement des interventions policières.

Une grenade mortelle

Le reste est sans doute plus connu : en pleine nuit, une des 237 grenades offensives lancées sur un groupe d’une cinquantaine de manifestants, s’est coincée entre le dos et le sac à dos de Rémi Fraisse, causant ainsi sa mort. Mais aussi, cela a provoqué un tel tollé dans l’opinion publique qu’a été décidé, dans le sillage d’une résolution de la Commission européenne condamnant le projet, l’arrêt immédiat des travaux. Faut-il donc qu’il y ait mort d’homme pour que les autorités puissent commencer à entendre raison ?

On laissera la conclusion au philosophe et sociologue Edgar Morin rappelant à ce propos dans le journal Le Monde que « Cette machine (de l’agriculture industrialisée) croit détruire un passé arriéré, elle détruit par contre une alternative humaine d’avenir. Elle a détruit la paysannerie, l’exploitation fermière à dimension humaine. Elle veut répandre partout l’agriculture et l’élevage à grande échelle. Elle veut empêcher l’agroécologie pionnière. Elle a la bénédiction de l’État, du gouvernement, de la classe politique. Elle ne sait pas que l’agro-écologie crée les premiers bourgeons d’un futur social qui veut naître, elle ne sait pas que les « écolos » défendent le vouloir vivre ensemble ». N’est-ce pas aussi ce qui est en jeu au Québec ?

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