Le groupe Vivre en Ville – De beaux principes qui s’évaporent au contact du réel

Publié le 19 novembre 2013

vivre-en-villePar Marc Boutin

Quelques jours avant le référendum sur l’Îlot Irving, en février 2012, le groupe Vivre en Ville a fait une sortie médiatique calculée pour accaparer l’attention de la presse en se prononçant en faveur du projet de neuf étages du promoteur GM Développement à l’intersection des rues Saint-Jean et D’Aiguillon.

Connaissant les principes que Vivre en Ville met de l’avant pour le développement durable et la promotion de la vie urbaine, le Comité du Non au projet de l’Îlot Irving fut frappé de stupeur. On s’attendait d’un groupe, que d’aucuns — naïvement peut-être — croyaient politiquement neutre, à une position à tout le moins nuancée, sinon carrément critique, d’un projet Irving qui, en plus de ses défauts intrinsèques et de ses entorses aux règlements, avait l’aval de la peu reluisante administration Labeaume. Pourtant, l’appui de Vivre en Ville au projet était sans équivoque. Cette sortie n’ayant pas eu l’effet escompté sur les résultats du référendum et le groupe étant par la suite revenu sur ses positions, ce qui parut une erreur de parcours fut bientôt oubliée.

Récidive

Voici qu’en 2013, l’histoire s’est répétée dans l’affaire de l’Îlot Esso. Le groupe s’est porté encore une fois à la défense d’un promoteur dont le projet ne respectait pas le zonage. Vivre en Ville semait à tout vent, vantant la pertinence et le bas prix des petits logements qui auraient été « mis sur le marché » et a tenté de politiser l’affaire au maximum. Une bonne vieille chambre de commerce n’aurait pas mieux fait.

Un des arguments pour appuyer le promoteur de l’Îlot Esso était qu’il s’agissait d’un projet de « densification douce ». Bien sûr, l’édifice n’a pas neuf étages comme à l’Îlot Irving mais, dans les deux cas, le vrai problème ne venait pas seulement de la hauteur, mais du fait que les projets contrevenaient au zonage et que ces entorses aux règlements avaient l’aval d’une l’administration municipale élue et rémunérée justement pour voir à leur application (des règlements et non des entorses).

Le zonage en milieu urbain

Le zonage résidentiel dans un centre-ville n’est pas une réalité anodine. Il est un outil vital pour celles et ceux qui veulent « vivre en ville », un outil essentiel pour maintenir le haut taux de densité des quartiers centraux habités, pour protéger leur qualité de vie et la vitalité des rues commerciales comme les rues Saint-Jean et Cartier.

Une densification qui outrepasse les règles génériques du zonage dans un milieu urbain déjà très dense, comme le faubourg Saint-Jean ou le quartier Montcalm, ne peut en aucun cas être qualifiée de modérée. Le zonage assure la qualité de vie urbaine en préservant la transparence des logements (mitoyenneté) et l’accès à une cour privée. Il protège contre l’effet du vent et les déficits d’ensoleillement en limitant les discontinuités de hauteur. En s’opposant au sur-dimensionnement des bâtiments, il assure la pérennité du cadre bâti continu et du lotissement parcellaire, deux aspects formels qui favorisent les mixités fonctionnelles tant horizontales que verticales. Rien là qui contredise les grands principes de Vivre en Ville.

Zonage à la pièce

Il reste un autre point à prendre en compte qui est du domaine de la justice spatiale. Accorder une dérogation majeure aux règlements de zonage à un propriétaire lèse le droit de tous les autres qui devront se résigner ou, s’ils ont assez de fric et les contacts qui viennent avec, réclamer le même traitement. C’est reconnu par tous les experts, le zonage à la pièce est la pire menace pour un quartier urbain habité. Il nous a déjà donné plus d’une verrue urbaine. Les exemples abondent, mais pensons seulement à la Tour Saint-Jean et à l’édifice du Bell, rue Lavigueur.

La morphologie et la structure sociale de la partie que les citoyens, par des luttes urbaines pour faire respecter le zonage, ont réussi à préserver des quartiers centraux actuels ainsi que la volonté de reconnaître l’importance du processus historique (une articulation progressive du cadre bâti) qui a conduit à la réalisation de ces quartiers, doivent donner l’exemple et servir de guides pour le développement des nouveaux écoquartiers que le groupe Vivre en Ville souhaite voir surgir sur le territoire de Québec.

 

Signalement à gauche, virage à droite

Les prises de position publiques de Vivre en Ville, dans les cas des deux îlots mentionnés, laissent croire que le groupe serait favorable à une déréglementation de type néo-libéral en matière d’urbanisme. N’y aurait-il pas là contradiction avec l’esprit, sinon la lettre, des excellents principes mis de l’avant dans les publications de Vivre en Ville pour le « développement de collectivités viables »?

On peut penser à ces politiciens innombrables qui, en campagne électorale et sur la base de grands principes démocratiques, signalent à gauche et promettent de défendre les droits des citoyens en cas de litige. Une fois élus, quand vient le temps de prendre position dans une situation de rapport de force entre valeurs collectives et gain privé, ces mêmes politiciens virent à droite et prennent invariablement la part du privé.

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