Le coeur est une valeur mobilière

Publié le 19 novembre 2013
David Desjardins  Photo: Guillaume D. Cyr
David Desjardins
Photo: Guillaume D. Cyr
Par Michaël Lachance

Le chroniqueur pigiste multiplateforme de Québec David Desjardins est un sprinter bien connu dans la Capitale nationale. Versatile, touche à tout, il œuvre à l’écrit depuis 2002, débutant la plume à Voir. Il a auparavant été chroniqueur les midis à CHYZ FM, la radio de l’université Laval. Amateur de cyclisme, il pianote pour Vélo-Mag, épris d’actualité, il bosse pour la revue du même nom, et depuis peu, il chronique au journal Le Devoir. Un parcours journalistique atypique, telle une longue patience, dont la maison d’édition Somme toute partage le parcours.

C’est effectivement un florilège des chroniques de Desjardins écrite entre 2005 et 2013. Une sélection des meilleurs efforts divisés comme un concerto en trois mouvements : Chroniques du grand méchant nous (politique et société), Chroniques pour apprendre à vivre (Culture et éducation) et Chroniques inutiles (Le rien). Chroniqueur de l’humeur, sur tout près de 300 pages, on assiste à la naissance d’un auteur. Dans Le coeur est une valeur mobilière, il invite à revisiter tout un pan de ses chroniques, au diapason des différents sujets qui ont touché l’actualité du Québec au cours des dernières années. Car, si l’ancien rédacteur en chef du Voir Québec tenait un éditorial où Québec fut sans conteste un personnage, l’auteur n’a jamais sombré dans la chronique régionalo- centriste. Bien au contraire, ce qui distingue Desjardins au Voir, c’est, d’une part, cette liberté de plume qui ne lui confère aucune obligation éditoriale et, d’autre part, cette même latitude ne le campe pas plus à gauche qu’à droite, pas plus au centre, qu’en bas, pas plus Québec que Montréal, il chronique selon son humeur sur tout et rien, à la manière impressionniste.

Timide dans la vie – se gardant toujours une gêne –, David Desjardins n’a jamais eu la prétention à l’écriture de fiction. Une modestie qui lui sied bien et, lorsque l’on visite ou revisite ses chroniques, on comprend davantage. Je me rappelle avoir découvert, grâce à lui, le sombre et lumineux écrivain cubain Pedro Juan Gutierrez. Un Bukowski à la plume hallucinante. David est un personnage généreux et n’hésite pas à tout partager, ou presque. Sensible par nature à tout ce que la culture ou la contreculture a à offrir de mieux, ses influences ne sont jamais dissimulées. Au contraire, dans ses chroniques, elles fusent de partout. De fait, chez Desjardins, ce n’est pas tant de l’humilité qu’un hommage et un respect sans borne au métier fou d’écrivains, de musiciens, de peintres ou columnists, c’est selon; de tous ces marginaux qui vivent de la création, de tous ces « selfmade- men » de la vie qui n’ont pas choisi de raccourcis pour exister.

David est avant tout un créatif. Toujours à dégoter une phrase, un cliché, une métaphore qui frappe de plein fouet, là où l’on ne s’y attend pas. D’ailleurs, à la lecture des chroniques, l’exercice de recenser tous les noms d’artistes explicite beaucoup son auteur et ses influences. De même, recenser tous ces noms inconnus, d’emprunts, ces personnages de l’ombre est un implicite des valeurs de son auteur. Le cœur est une valeur mobilière est l’expression d’une substance achronologique, celle du temps désordonné qui passe, de la banalité d’un réveil matinal, comme de la somptueuse infatuation de l’homme d’opinion, sur le « payroll » pour des idées. Lucide, l’auteur est très conscient du risible, tout comme de l’absurde, d’une prétention au sérieux que suppose le travail. Bien au contraire. D’ailleurs, Nietzche écrivait dans Par delà le bien et le mal : « Le talent peut être un ornement, et l’ornement une cachette ». Desjardins montre-t-il tout, dit-il tout pour mieux dissimuler? Bref, par respect et modestie pour tout ce qui vit, pour l’inéluctable tragique de la condition humaine, l’auteur se garde des réserves. La prétention pour l’écriture fictionnelle ne le taquine pas pour l’instant, mais, sait-on jamais, cela pourrait lui tenter un jour. Comme écrivait Bukowski, et ici fort à propos : « personne ne devrait avoir le droit d’écrire avant 50 ans, pour faute de rien à dire ». Comme un concertiste de métier, David Desjardins aspire sans doute à cette maturité particulière que l’on rencontre chez ces acharnés têtus, ceux et celles qui repoussent sans cesse leurs propres limites afin d’atteindre une cime, dont le faîte psychologique est insondable.

Le cœur est une valeur mobilière est en vente dans toutes les librairies encore vivantes.

 

 

 

 

 

 

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