Élections municipales à Québec – Se retrousser les manches

Publié le 19 novembre 2013

2Par Pierre Mouterde

Les élections municipales de novembre 2013 auront au moins eu cela de positif : elles nous ont permis de constater de quel bois étaient faits nos adversaires ainsi que le chemin qu’il reste à parcourir si l’on souhaite que soient entendues les voix des secteurs populaires et progressistes de la ville de Québec. Une sorte d’électrochoc qui pourrait bien être salutaire!

Car la victoire de l’équipe Labeaume ne fait aucun doute : il a obtenu 74% des suffrages et 18 des postes de conseillers sur 21. C’est à peine moins qu’en 2009 (à l’époque, il avait gagné avec 79,9% en raflant 25 conseillers sur 27), et compte tenu du fait qu’il avait en face de lui une équipe unie et relativement bien organisée (Démocratie Québec), on peut dire qu’il s’agit d’une écrasante victoire. Mais au prix de quelles manœuvres de bas-étage et de quels choix idéologiques partisans?

C’est là sans doute le seul bon côté de cette campagne 2013. Elle aura permis de faire la lumière sur les ficelles qu’il utilise. Il n’y a pas à s’y tromper : le maire Labeaume appartient à cette race de nouveaux politiciens qui tendent à confondre allègrement « démocratie » et « autocratie » et qui pour ce faire, flattent en bons démagogues les sentiments populaires les plus communs, tout en prônant ouvertement des politiques de droite et en appuyant sans vergogne le milieu des affaires.

C’est là où git la perversité de tels personnages : se faire passer pour ce qu’ils ne sont pas, en ne cessant à la manière de saltimbanques politiques trompeurs, de se poser en représentants de tous et toutes, alors qu’ils ne sont que les porte-paroles attitrés des intérêts de quelques-uns.

Des droits qui sont ceux de tous

Ce qui était devenu l’axe central de la campagne électorale de Régis Labeaume le montre bien : il s’est lancé dans des attaques en règle contre les syndicats et leurs fonds de pension, en surfant sur les révélations de la Commission Charbonneau et en jouant sur les amalgames les plus crasses. Comme si, dans leur ensemble ( je ne parle pas évidemment de la FTQ-Construction), les syndicats n’avaient pas joué un rôle éminemment progressiste dans la vie du Québec depuis une quarantaine d’années en termes d’amélioration des conditions de vie de tous et toutes. Et comme si le fait de pouvoir disposer d’un fonds de pension pour lequel on a cotisé pendant toute sa vie ne devait plus appartenir à ces droits inaliénables qui sont le propre d’une démocratie.

Sordide affaire

Et tout chez lui est à l’avenant : à commencer par cette sordide affaire qui montre si éloquemment comment son pouvoir personnel est étroitement lié à celui d’un puissant monopole économique, Québecor. Après l’affaire de l’amphithéâtre (dont la gestion a été offerte sans appel d’offres à Pierre-Karl Péladeau de Québecor), on peut difficilement être dupe d’une telle supercherie. Trois jours avant la fin de la campagne, voilà que le Journal de Québec (propriété de Québecor) publie à la une une vieille affaire de violence conjugale ayant impliqué, 20 ans en arrière, son principal adversaire, David Lemelin, pour laquelle celui-ci avait pourtant obtenu le pardon de la cour.

Bonnes âmes

Bien sûr les bonnes âmes vous diront que les citoyens ont droit de savoir, ou encore que Labeaume a le mérite d’être un homme entreprenant, ayant le courage de ses idées, là où tant d’autres paraissent semblables à des couleuvres. Mais elles oublient bien négligemment, dans quel cadre concret tout cela se passe : celui d’un formidable monopole médiatique faisant par exemple que deux grandes familles (Péladeau et Desmarais) contrôlent 97% du lectorat de la presse écrite au Québec, interdisant dans les faits que toute pensée alternative puisse disposer d’un poids ou d’une légitimité quelconque; celui aussi d’une implacable hégémonie néolibérale qui a fini par vous faire imaginer que les mots « être courageux » ou « entreprendre avec audace » ne pouvaient rimer qu’avec l’univers « libre » des marchés financiers, quand ce n’est pas avec de la pure et simple escroquerie.

Puissant vent de droite

La victoire de Labeaume n’est nullement un événement fortuit. Elle correspond à ce vent de droite qui souffle sur la société entière et à cette puissance des élites financières et économiques qui, de plus en plus, font la pluie et le beau temps au pays du Québec.

Elle correspond aussi à cette absence d’opposition forte et articulée qui tant dans la rue qu’au Conseil de ville pourrait d’une voix unie exprimer avec force les demandes si nombreuses qui sourdent de la société civile d’en bas.

— Pour que l’environnement urbain — poussières de nickel et Anse-au-Foulon obligent — soit respecté en particulier de la part du Port de Québec.

— Pour que la redensification urbaine ne soit pas pensée sans la participation citoyenne

— Pour que le déplacement en ville soit planifié sur le mode collectif et non sur le mode de la seule voiture individuelle.

— Pour que les habitants de la ville de Québec ne soient pas considérés uniquement comme des payeurs de taxes, mais comme des citoyens à part entière dont on veut être le digne représentant et non le sinistre manipulateur.

— Pour que le monde ordinaire (ce 99% de la population) soit entendu autant, sinon plus, que celui des affaires, puisqu’il ne dispose pas a priori de moyens pour le faire.

On le voit, les aspirations à des changements de fond ne manquent pas : il ne reste plus qu’à se retrousser les manches. À Droit de parole, on veut être de la partie.

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