Quand sous-traitance devient maltraitance !

Publié le 11 octobre 2013

Par Gilles Simard*

Il y a peu, la Protectrice du Citoyen dénonçait la « maltraitance » dont sont malheureusement victimes bon nombre d’aînés et de personnes handicapées physiquement et intellectuellement et ce, en regard des coupes budgétaires exercées par le gouvernement. Mauvais encadrement, mauvais traitements, manque de sécurité, formation du personnel inadéquate, nourriture en qualité et quantité moindre, bref, les constats lapidaires foisonnent et il y a tout lieu de s’indigner du sort réservé à ces pauvres gens qu’on transbahute comme du bétail du CHSLD traditionnel à la Ressource Intermédiaire privée au seul nom du dieu dollar.

Dans la foulée, je voudrais aussi dénoncer le destin sordide de toutes les personnes croupissant dans certaines Ressources privées en Santé mentale, et ce, dans des conditions encore plus lamentables et honteuses que celles déplorées et dénoncées plus haut par la Protectrice. Ainsi, elles sont des milliers, un peu partout au Québec, à tourner en rond dans ces « nids de coucous » insalubres et surpeuplés que peuvent facilement devenir les foyers de groupe et autres Ressources non institutionnelles (RNI), à cause, justement, de la cupidité des promoteurs et de l’indifférence et l’incurie généralisée des uns et des autres.

Le pire, c’est que bien que cette situation soit depuis longtemps connue des Intervenants du réseau public (CSSS et CLSC), on préfère banaliser le problème et jouer à l’autruche « de peur de perdre le peu de ressources qu’on a et d’être obligé de mettre les gens à la rue… ». Franchement ! Une honte je vous dis ! Il y a peu, dans mon livre « Le Cœur enveloppé » (Éd, JCL, 2012), je dénonçais haut et fort pareilles situations vécues dans des ressources de Québec où j’avais travaillé à titre d’intervenant. Hélas, cela n’a absolument rien changé et chacun dans son « petit royaume », on continue de produire de beaux et clinquants rapports annuels en faisant comme si de rien n’était. Pire encore, en entonnant le nouveau refrain à la mode, le « Rétablissement », on prétend faire comme si on était les meilleurs dans le domaine. Misère !… À quand la venue des enquêteurs de la Protectrice pour commencer à nettoyer les écuries d’Augias ? À quand la tenue d’une enquête publique indépendante ? Pour nos frères et nos sœurs! Pour que cessent l’opprobre et la honte ! Pour retrouver un peu de notre dignité collective !

Note : Ici, j’aimerais apporter deux nuances… Ainsi, ce ne sont pas tous les proprios de RNI qui sont fautifs — certains seraient même des modèles — mais bien un certain nombre qui sont motivés uniquement par la cupidité et l’appât du gain facile. D’où les nombreux abus de toutes sortes. Quant à la notion de « Rétablissement », je voudrais ici lever mon chapeau à tous ces groupes et regroupements en santé mentale qui en appliquent la philosophie à bon escient, et ce malgré des conditions de travail très ordinaires et des budgets d’opérations limités. Une philosophie, donc, qui n’a rien à voir avec la notion de rétablissement telle qu’entendue et secondarisée par certaines Autorités et Instituts qui en ont détourné le sens à leurs propres fins de développement.

* Gilles Simard, auteur et pair-aidant en santé mentale

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