Radio-poubelles : faire et défaire les élections

Publié le 10 septembre 2013

Par Coalition Sortons les poubelles

Au début des années 2000, Régis Labeaume fait des chroniques régulières à l’antenne de CHOI. Pendant les élections en 2007, le candidat à la mairie «obtient la faveur des animateurs du 93,3 et de CHOI près de 60 % du temps où il est question de lui». Quant à Ann Bourget, du RMQ (Renouveau municipal de Québec), donnée gagnante au début de la campagne, elle subit plus de 80 % de commentaires défavorables. Labeaume est finalement élu avec 59 % des voix, alors qu’il n’obtenait que 5 % des intentions de vote au départ. Un animateur de CHOI, Dominic Maurais, prétend en 2011 que Régis Labeaume est «une création des radios de Québec».

Les relations entre la radio-poubelles et le maire sont très proches, presque torrides. En 2009, Régis brandit une canette de Red Bull en plein conseil municipal, à l’invitation de l’animateur Sylvain Bouchard du 93,3.

Avril 2010, en pleine période de sondages BBM, le 93,3 lance la marche des Cols rouges. Plus de 10,000 personnes brandissent des balais pour symboliser le « ménage » devant être fait au gouvernement provincial. Ils dénoncent le budget de Raymond Bachand, ministre libéral. L’ADQ et le PQ envoient leurs laquais pour ramasser les miettes politiques de la marche. Un porte-parole évoque l’opportunité de faire une grève générale pour faire plier le gouvernement.

Août 2012, la station 93,3 parraine Claude Roy, ex-adéquiste, pour les élections. L’entreprise politico-publicitaire des Cols rouges vire au fiasco après que leur candidat vedette ait été trop sincère : la population n’a pu endosser les propos racistes prononcés par Roy en entrevue à CHOI.

L’expression « Col rouge » apparait en 2008. L’animateur du 93,3, Sylvain Bouchard, songe d’abord à faire une contre-manifestation pour s’opposer aux revendications des employés de la Ville en négociation, les cols bleus. Il se contentera d’une pétition et 2000 signataires viendront montrer leur appui à Labeaume et à son attitude anti-syndicale.

Québec : un microclimat propice à l’éclosion d’idées de droite?

En septembre 2012, le Parti libéral est fatigué après un printemps agité. La CAQ de François Legault a le vent dans les voiles. Son discours de droite plait à CHOI. Plusieurs anciens militants de l’ADQ travaillent à la station. Pendant la campagne électorale François Legault donne 3 entrevues à CHOI, plus que Charest et Marois réunis. La radio-poubelles offre un traitement biaisé: dans le mois précédent l’élection, 50 % des discussions politiques portent sur la CAQ. Finalement ce parti n’est pas élu, mais il domine dans les banlieues de Québec.

En février 2013, Éric Duhaime, animateur de CHOI Montréal et ex-conseiller politique de Mario Dumont, avoue sa déception envers la CAQ et change d’avis: désormais, le Parti conservateur du Québec aura sa faveur. Il est suivi par plusieurs autres, dont le directeur des programmes, Jean-Nicolas Gagné, ex-attaché de presse de l’ADQ. Le même mois, Adrien Pouliot, chef du PCQ, commence des chroniques à l’antenne de CHOI Montréal. Il intervient à toutes les deux semaines depuis ce temps.

En entrevue au Prince Arthur Herald en juillet 2013, Adrien Pouliot affirme cibler « les régions où nous avons une chance de remporter des sièges, c’est-à-dire dans la région de Québec et en Beauce. » La région de Québec ? Un microclimat y serait-il propice à l’éclosion d’idées de droite?

En mai 2013, les animateurs de CHOI utilisent une entrevue de Radio-Canada avec Gilles Lehouiller, candidat à la mairie de Lévis, où on peut l’entendre avouer son appréciation de l’émission de Bernatchez à Radio-Canada et ajouter : « Pour moi c’est l’émission la plus reposante le matin (…) on sent pas que c’est polluant ». L’extrait prouve, selon les animateurs de CHOI, en colère, que Lehouiller « méprise les gens de Lévis ». Ils affirment faire spinner l’extrait, dans l’objectif évident de nuire à son élection. « Prenez-le en note, Lehouiller vous regarde de haut. Si vous écoutez CHOI Radio X ce matin et que vous êtes à Lévis, vous avez le droit de vote», persifle Jérôme Landry.

Soulevons quelques questions.

  • A quel point un média peut-il influencer l’issue d’une élection ?
  • Qu’est-ce qui distinguent les radio-poubelles d’un organe de propagande ?
  • Est-ce qu’on sentira à nouveau l’impact des radio-poubelles sur le résultat des élections municipales du 3 novembre prochain ?

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