De l’îlot Berthelot à l’îlot Irving : la lutte urbaine reprend

Publié le 15 mai 2013

Photo de plusieurs anciens immeubles à logement: La coopérative d’habitation l’Escalier à l’îlot Berthelot

par Marc Boutin

La lutte urbaine autour du terrain vague de l’îlot Berthelot – autrefois un stationnement comme aujourd’hui à l’îlot Irving – a débuté aussi loin qu’en 1970, avec un projet d’hôtel Holiday Inn qui fut plus tard déplacé à Saint- Roch. Entre 1970 et mai 2005, date où on a annoncé la construction de la coopérative l’Escalier, une multitude de promoteurs ont voulu développer l’îlot Berthelot – une propriété privée à l’époque, comme aujourd’hui l’îlot Irving – avec des projets grandioses, tous plus farfelus les uns que les autres, sans trop se préoccuper de zonage ou d’intégration au quartier

Pendant ces 35 années, on entendait souvent à propos de l’îlot Berthelot ce qu’on entend aujourd’hui à propos de l’îlot Irving: «…il faut qu’il se passe quelque chose, ça peut pas rester comme ça!» Le Comité populaire aurait pu, sous la pression, acquiescer à certains projets à demi extravagants. Mais il est resté ferme et les amants d’une ville conviviale conviennent aujourd’hui que la coopérative l’Escalier, qui compte 80 logements de qualité, sans stationnement souterrain autre que celui des quatre places de Communauto, est une réussite. La persévérance à l’îlot Berthelot a porté fruit.

Restons vigilants

La lutte urbaine pour l’îlot Irving dure depuis une dizaine d’années. Mais, malgré les batailles déjà gagnées, dont un référendum en 2012, il y a encore loin de la coupe aux lèvres pour les citoyens du quartier. Une autre étape a été franchie récemment par le Conseil de quartier Saint-Jean-Baptiste qui a pris l’initiative d’une nouvelle consultation où «les citoyens seraient appelés à intervenir en amont d’un processus décisionnel devant mener à un projet consensuel».

L’intention du Conseil de quartier est louable mais sa mise en œuvre pourrait s’avérer délicate. Pour lancer la consultation, on a d’abord fait appel à une firme professionnelle à partir d’un budget de 6 000$ dont 2 000$ provenait de la Ville et 4 000$ du propriétaire de l’îlot, GM Développement (GMD). Le Conseil de quartier peut difficilement ignorer qu’un rapport de force s’est installé entre les citoyens du quartier et GMD. En tant que promoteur du projet qui a mené au référendum, GMD a montré une détermination obstinée à vouloir outrepasser les règlements de zonage et n’a pas hésité à entreprendre des poursuites bâillons contre des citoyens engagés à les faire respecter. Or, ces règlements de zonage représentent justement la limite au-delà de laquelle la volonté citoyenne, telle qu’exprimée au référendum et lors d’une soirée de consultation tenue au sous-sol de l’église en septembre 2012, serait bafouée.

Les portes du paradis

Le processus consultatif reste un procédé «à double tranchant» qui pourrait tout aussi bien paver la voie vers l’enfer qu’ouvrir les portes du paradis. Rien n’indique que GMD est prêt à se résoudre à respecter le zonage; si c’était le cas, la compagnie n’aurait qu’à construire et une consultation deviendrait sans objet. En revanche, si le Conseil de quartier reste ferme dans sa volonté de voir les citoyens intervenir en amont du processus décisionnel, il doit prendre sur lui de présenter au nom des citoyens un projet basé sur les besoins du milieu. Ce n’est pas au promoteur à (nous) présenter un énième projet basé sur ses objectifs de rentabilité mais bien à nous, les citoyens du quartier, à déterminer ce que nous voulons. Les conseils de Quartier ont été créés pour assumer, ou du moins encourager, de telles initiatives citoyennes. Dans le rapport de force qui s’est installé entre GMD et les citoyens, le Conseil de quartier ne peut choisir la neutralité.

Et pour y arriver, l’administration municipale ne peut plus se soumettre passivement à la volonté du promoteur comme elle a fait jusqu’à maintenant. La conseillère Chantal Gilbert avait promis: «…qu’à la suite d’une victoire du non au référendum, la Ville allait revenir au zonage original». Pourtant, elle, et le promoteur, sont revenus à la charge huit mois plus tard, avec un projet (six étages au lieu de neuf ) qui ne respectait pas plus le zonage que le premier et cette fois sans coopérative à la clé. À l’îlot Berthelot, la volonté citoyenne n’aurait pas prévalu sans que la Ville s’en mêle pour acheter le terrain et approuver un projet conçu à partir des besoins du quartier.

Les lois du marché font obstacle aux exigences de l’esthétique urbaine

La Ville, faut-il rappeler une évidence, est une instance de juridiction publique et non une «business». Elle n’a pas à se soumettre aux lois du marché; son rôle est d’en combattre les effets pervers. Une soumission aveugle aux lois du marché à l’îlot Irving nous donnerait une tour à condos la plus haute possible, sans cour ou autre espace vert au sol. À coup sûr, une verrue urbaine. À l’îlot Saint-Michel (voisin de l’îlot Berthelot), l’administration Labeaume a vendu un terrain 500 000$ à GMD. Ce montant, plutôt que de servir à l’amphithéâtre de PKP, devrait être réinvesti dans le quartier afin de s’assurer qu’une partie de l’îlot Irving serve à combler un besoin criant, une place publique avec des arbres.

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