L’obsolescence programmée : les stratégies de l’industrie

Publié le 13 novembre 2012

32763d1535e2be28c9f91e0b7eafe532-724x1024Par Benoît Gagné

Ce texte fait suite à la contribution d’Estelle Richard dans le Droit de parole de juin dernier sur cet important  sujet. L’obsolescence est traitée ici en amont, c’est-à-dire sous l’angle des stratégies utilisées pour produire des objets à durée de vie restreinte. Le phénomène n’est pas nouveau, mais les ressources de la technologie lui confèrent une redoutable efficacité. On connaît la suite : péremption rapide de l’objet – mise au rebut – nouvel achat…

Bref, production de déchets et gaspillage de ressources. L’argument souvent invoqué à l’effet qu’un remplacement  rapide de l’objet serait nécessaire pour financer le développement et la recherche peine à masquer  la motivation première : la maximisation du profit.

Plusieurs stratégies sont utilisées par les industriels en vue d’une péremption rapide de leurs produits. En voici  quelques unes.

L’abandon de la fabrication et la non-disponibilité des pièces Lorsqu’un manufacturier décide d’arrêter la production d’un item spécifique pour en commercialiser aussitôt un autre légèrement différent, cette succession rapide rend difficile, sinon impossible, tout entretien ou réparation. Un exemple personnel : j’achète une caméra  numérique Canon en 2008. La portière de plastique, qui donne accès à la carte mémoire, se brise deux ans plus tard. L’agent de la compagnie à qui je téléphone en vue de la remplacer m’explique le plus naturellement du monde  que ce modèle a été fabriqué de mars 2008 à mars 2009, pour être ensuite remplacé, et qu’il est par  conséquent impossible d’obtenir une quelconque pièce de rechange.

La multiplication d’éléments incompatibles

J’ai déjà eu devant moi quatre rasoirs électriques Philips à têtes rotatives. Même couleur, même forme, même  dimension. Tous interchangeables, à première vue. Un examen plus attentif montra toutefois qu’aucune des têtes  de rasage ne pouvait s’installer sur un autre appareil.

Elles avaient toutes le même diamètre, mais chacune différait par de minuscules détails liés à l’insertion sur l’axe de rotation. Aucun transfert n’étant possible, il fallait passer à chaque fois par la compagnie. De la même façon, plusieurs modèles de téléphone mobile ne fonctionnent qu’avec une batterie et un chargeur spécifiques.

Leur remplacement implique de recourir au matériel de la compagnie, vendu à un prix exorbitant, si bien que des  appareils fonctionnels se retrouvent au rebut.

L’arrêt programmé du fonctionnement

Un exemple bien connu est celui d’imprimantes d’ordinateur équipées d’une puce qui commande un arrêt de  fonctionnement au-delà d’un certain nombre de pages imprimées. En ce qui a trait aux cartouches elles-mêmes,  plusieurs sont munies d’une puce générant un message « cartouche vide » alors qu’il reste encore de l’encre ou  de la poudre.

Il y a fort à parier que des stratégies similaires – ou de nouvelles – vont s’appliquer dans les prochaines années.  De nombreux produits à remplacement rapide seront mis en marché. Leur design sera accrocheur, leur publicité  bien ciblée. Serons-nous vigilants ?

 

 

Droit de parole – journal communautaire de Québec – Édition de novembre 2012 – Le blues du centre-ville

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