Femmes prostituées et sans-abri de la Basse-ville : À quand une maison d’hébergement?

Publié le 13 novembre 2012

photo noir-blanc d'un montage artistique de photos en homme à Joëlle. Derrière, on voit l'intérieur de l'église dont une grande croix.Par Pierre Mouterde

La mort de Joëlle Tshernich, retrouvée sans vie dans un stationnement de la rue du Parvis dans le quartier Saint Roch, nous le rappelle avec force : on peut encore en 2012 mourir au centre-ville de Québec, abandonnée en pleine nuit dans un parking, sans que personne ne vienne vous porter secours. Il est vrai que dans cette triste histoire, tout s’est dramatiquement conjugué : les préjugés ordinaires, racisme et machisme en prime, le désengagement de l’État et bien sûr l’omniprésence de froides et cruelles logiques marchandes; symptômes de ces manques et injustices nous rappelant tout ce qu’il reste à faire pour améliorer les conditions de vie dans Saint-Roch.

Itinérance chronique

Avec ses tout juste 31 années, Joëlle Tshernish en incarnait à elle seule les aléas les plus durs. D’origine innue (elle était née à Pessamit), elle appartenait à cette catégorie d’Autochtones résidant en ville, ayant été gagnés –comme tant d’autres citoyens allochtones— par l’itinérance chronique; expression de ce mal-être profond, de cette rupture du lien social si caractéristique « des foules solitaires » des grandes villes, mais aussi de la condition autochtone contemporaine tant malmenée par la non reconnaissance et le déni systématique de droits.

Elle avait aussi peu à peu sombré dans la drogue et la prostitution, l’une alimentant l’autre et vice-versa. Sa vie ne tenait plus qu’à un fil, trop lourdement dépendante des seuls services disponibles, en particulier ceux du PIPQ (Projet intervention prostitution de Québec). Des services qui, malgré le dévouement de ceux et celles qui les animent, restent pourtant insuffisamment adaptés aux besoins. À preuve cette confession d’une de ses proches, ancienne toxicomane : « Ils ne la prenaient pas pour coucher parce que c’était quelqu’un qui se piquait, qui pouvait être agressif, qui pouvait sortir la nuit (…)

Joëlle avait une famille, pis elle est morte… c’est comme un exemple que la société l’a laissée tomber. »

Agnès Maltais tiendra-t-elle ses promesses ?

On ne saurait mieux dire, car comme le rappelle Amélie Bédard, une des promotrices du projet LUNE (projet d’une maison refuge pour les prostituées), il n’en aurait coûté que 250 000 dollars pour qu’un telle maison d’hébergement adaptée aux besoins puisse fonctionner à Québec. 250 000 dollars… pour une ville qui appartient à une des sociétés les plus riches au monde, ce n’est après tout pas la mer à boire. Qu’on songe à titre de comparaison aux 200 millions de dollars trouvés par la Ville de Québec pour financer le fameux stade… du maire Labeaume et de son associé en affaires, Pierre-Karl Péladeau.

L’on serait donc en droit d’espérer qu’Agnès Maltais, la député de Taschereau et nouvelle ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale ainsi que responsable de la Condition féminine et des régions de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches n’en reste pas à de seules promesses en la matière.

Après tout, avec tous ces nouveaux titres, il serait bien étrange qu’elle ne puisse pas faire débloquer de telles sommes. À moins d’imaginer que les orientations sociales dont plusieurs au Parti québécois aiment tant à se parer, ne font pas le poids vis-à-vis des sacro-saints engagements néolibéraux ou des exigences du pouvoir au quotidien, se réduisant vite à de vagues souvenirs… de promesses brandies en temps de campagne électorale.

En ce sens, la mise en route effective et rapide de cette maison d’hébergement sera pour les citoyens et  citoyennes de la circonscription de Taschereau un véritable test en la matière . Qu’on se le dise !

 

Édition de novembre 2012 – Le blues du centre-ville

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