Légionellose à Saint-Roch: chronique de morts annoncées?

Publié le 13 octobre 2012

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Par Pierre Mouterde

Plus de 180 personnes infectées à Québec par la légionellose (dont certaines très gravement) avec 13 décès au cours de l’été : l’affaire mérite qu’on s’y arrête, symptôme de ces maux urbains nouveaux auxquels on doit coûte que coûte trouver des parades. D’autant plus quand on sait qu’elle a pour décor le quartier Saint-Roch et qu’elle a touché d’abord les plus démunis : les personnes âgées, celles à la santé fragile ou aux conditions de vie précaire, celles-là même qui, après le départ de la foule des employés de bureau pressés, aiment se promener aux alentours de la bibliothèque Gabrielle-Roy.

Pas la première fois

Ce n’est pourtant pas la première fois que la ville de Québec est touchée par ce genre d’épidémie. Déjà, en 1996, la Régie du bâtiment (qui relève du ministre du Travail) aurait pu mettre en place une réglementation sur le bon entretien des tours de refroidissement et voir à son application. Mais elle s’est limitée à l’époque à produire une brochure d’information «pour sensibiliser les propriétaires d’édifices publics à la nécessité d’établir un  programme d’entretien (…) ». Et Mathias Rioux, le ministre du Travail péquiste d’alors, jure haut et fort n’avoir eu vent d’un tel rapport, ni non plus que l’affaire ait été discutée au cabinet. Ne serait-ce que pour tenter d’y apporter une solution temporaire!

Il faut dire qu’à l’époque (sous Lucien Bouchard), c’était aller bien à contre-courant que de vouloir légiférer pour forcer tous les propriétaires d’édifices publics à financer de coûteux programmes d’entretien. En cette période de mise en place des recettes néolibérales, on ne jurait que par la déréglementation et on ne songeait guère à vouloir mettre des bâtons dans les roues de l’entreprise privée, source de tout développement économique appréhendé.

D’où sans doute le laisser-aller d’alors et cette impression d’être renvoyé à une sorte de fatalité. Comme si de  toute façon il n’y avait pas grand chose à faire contre de tels maux… somme toute mineurs…

Une énorme machine sans aucun responsable

Seize ans plus tard, et en attendant d’avoir les résultats du rapport d’enquête, c’est cette même impression qui colle encore à la peau. Au-delà du fait qu’on ait pu contrôler l’épidémie, au-delà même des promesses de la  nouvelle ministre du Travail Agnès Maltais et des déclarations fracassantes du maire de Québec Régis Labeaume, c’est un peu comme si on se retrouvait devant une énorme machine sans aucun responsable où chacun ne cesse de se renvoyer la balle : la mairie, la santé publique, la CSQ, l’entreprise sous-traitante, etc. La tour de refroidissement « coupable » n’appartenait-elle pas pour une bonne part à la Ville et n’était-elle pas à la charge de la CSQ, une centrale syndicale qui n’a cessé d’affirmer avoir scrupuleusement suivi les règles en la matière fournies par le sous-traitant ?

Bien sûr, il ne s’agit pas ici de chercher coûte que coûte un coupable – une sorte de bouc émissaire – comme tentent de le faire tant de médias sensationnalistes, en le brandissant au passage à le vindicte publique. Il s’agit  plutôt de rappeler comment la gouvernance d’une ville ne peut être que le fait d’un pouvoir démocratique fort,  capable de légiférer avec audace pour défendre avec acharnement tout ce qui a à voir avec la collectivité et «le bien commun» . On le voit ici : il en va tout simplement de la vie.

Souhaitons que le rapport d’enquête puisse aller dans ce sens !

 

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